Lucerna 2025

Septièmes Journées suisses d’histoire

(In)visibilité | Université de Lucerne

Du 8 au 11 juillet 2025, les Septièmes Journées suisses d’histoire ont été organisées par la SSH en collaboration avec le Séminaire d’histoire de l’Université de Lucerne.

Durant quatre jours, 87 panels, 10 tables rondes et 3 keynotes ont permis des échanges sur la thématique de l'(in)visibilité. Le congrès s’est déroulé dans le bâtiment principal de l’Université et la grande soirée festive a pris place au Lido Beach, au bord du lac des Quatre-Cantons.

Du 8 au 11 juillet 2025, 4 journées sur la thématique de l'(in)visibilité

Cliquez sur l’image ci-dessus pour vous replonger dans le programme.


Reflets des Septièmes Journées suisses d’histoire


Documentation

Call for Panels

Tous les trois ans, la Société suisse d’histoire (SSH) organise les Journées suisses d’histoire en un lieu différent. Ce congrès, l’un des plus important de ce type en Europe, rassemble des centaines d’historiennes et historiens de Suisse et de l’étranger. Les Journées suisses d’histoire offrent une tribune à tous les domaines de la discipline et invitent au dialogue aussi bien la relève scientifique que les enseignant·e·s d’histoire et les chercheur·euse·s de renommée internationale. En raison de l’actualité des thématiques qu’elles définissent, les Journées d’histoire suscitent un intérêt au-delà des milieux spécialisés. Après les Universités de Berne, Bâle, Fribourg, Lausanne, Zurich et Genève, l’Université de Lucerne accueillera cette manifestation en 2025.
Le comité d’organisation (composé de membres du Séminaire d’histoire), d’entente avec le Conseil scientifique (composé de représentant·e·s de diverses institutions culturelles et hautes écoles lucernoises), a décidé de dédier les Journées d’histoire au sujet suivant :

« (In)visibilité »


La visualité est omniprésente au 21ème siècle. Ses conditions esthétiques, techniques et sociales de même que ses effets exigent une mise en perspective historiographique. En conséquence, trois questionnements peuvent plus spécifiquement être dégagés : comment la recherche historique traite-t-elle des pratiques de l’(in)visibilisation ? Comment la science historique aborde-t-elle les sources visuelles ? Et que rend-elle visible à travers son travail et quoi non ? Concrètement, nous proposons les points de discussion suivants :

  • Quand, par quels protagonistes et pourquoi des rapports sociaux ont-ils été rendus visibles, ou non, par des moyens verbaux ou visuels ?
  • La prétendue évidence intrinsèque des images revêt une fonction de pouvoir qu’il s’agit d’analyser.
  • Les historiennes et historiens sont tenus de se confronter davantage à la particularité des images, celles-ci se voyant souvent attribuer, à tort, une évidence immédiate en raison d’habitudes visuelles historiquement construites. Les images sont systématiquement intégrées à des systèmes de références sémiotiques qui évoluent au fil du temps.
  • Les images fixes et animées sont de plus en plus nombreuses et deviennent par conséquent des sources importantes. Comment peuvent-elles être sauvegardées et transmises ? Comment les critères de conservation et de transmission sont-ils adaptés à de nouvelles conditions techniques et exigences sociales, et qui décide de ces critères ?
  • L’histoire des techniques et des savoirs de la production d’images reflètent des intérêts spécifiques : quels appareils, techniques et institutions permettent de produire et de transformer des représentations de la réalité sociale ?

Tous les champs de la discipline sont invités à soumettre des propositions de contributions qui interrogeront la manière selon laquelle les êtres humains, les civilisations et les cultures ont compris, découvert, modifié ou protégé l’(in)visibilité : l’histoire de l’art aussi bien que l’histoire des sciences et des techniques, l’histoire économique et sociale de même que l’histoire politique – ce en tenant compte des perspectives locales, nationales, internationales et globales. Celles et ceux qui ont laissé des traces dans l’histoire se retrouvent directement dans le champ de vision des sciences historiques. Comment les historiennes et historiens ont abordé les autres groupes, ceux qui n’auraient pas laissé de telles traces ? Des problématiques issues de l’histoire du genre et du quotidien se voient également soulevées par de tels questionnements.

Visibilité et pouvoir
« La visibilité est un piège », déclare Michel Foucault. Les Septièmes Journées suisses d’histoire se consacrent à cet espace conflictuel. La visibilité a un aspect involontaire très marqué ; pour beaucoup d’êtres humains, elle était (et est encore) une stratégie décisive pour ne pas attirer sur soi le regard des instances de contrôle de l’État. La visibilité peut en revanche aussi aller de pair avec la sécurité. Ainsi, la violence, les abus et, plus généralement, les déviances, s’opèrent souvent en cachette, sous le couvert de la sphère privée ou de l’anonymat.
« Devine ce que je vois » : L’(in)visibilité ne va pas de soi, car elle exige de nombreux préalables d’ordre technique, culturel, politique et socio-économique. Elle est un lieu de revendications de pouvoir, de subversion et de confrontations entre hiérarchies concurrentes. Dans les médias contemporains, divers acteurs aux intérêts économiques et politiques divergents se disputent l’obtention d’une place sur les panneaux d’affichage, dans les journaux et sur les écrans. Il en allait de même dans les sociétés prémodernes, au sein desquelles les signes d’appartenance entraient en concurrence dans les intérieurs des églises, dans l’habillement, sur les murs des maisons et au fil des rues. Ces signes imprégnaient également les corps dissimulés par les vêtements, sans parler des savoirs secrets dans la pénombre de la discrétion.

Particularités des sources visuelles
La transition numérique accélère et dramatise la culture du débat public. À cet égard, la communication visuelle prend une importance croissante par rapport à la culture de l’écrit. Les machines ne se contentent depuis longtemps plus de simplement reproduire le monde et elles tendent à se libérer de leur matérialité et de leur localité, ainsi que le remarquait Walter Benjamin en 1935. La génération de visualisations autonomes donne naissance à des mondes nouveaux, faussement réels ou surréalistes. Dans ces espaces, les formes de représentation du social et les rapports de pouvoir qui y sont liés sont souvent reproduits, voire accentués.
L’histoire de l’art est riche de suggestions méthodologiques pour l’analyse sémiotique de la communication visuelle. Cette dernière est de plus en plus mobilisée par l’historiographie, traditionnellement très orientée sur l’analyse textuelle. À cela s’ajoutent de nouveaux défis de méthode. À l’ère des possibilités en apparence infinies en matière de modélisations, de modifications et de créations digitales, que signifient les images en tant que sources, de preuves et de revendications « C’était ainsi ! » ?
« Le savoir, c’est le discours, les débats, l’analyse. Une image s’impose, elle domine – une image est un choc », affirme Paul Virilio. Il existe donc des mécanismes spécifiques à la communication visuelle qui diffèrent des textes. Les images semblent être dotées d’une espèce d’évidence immédiate permettant de se représenter les faits sociaux. Comment appréhender historiquement cette capacité de communication particulière du visuel, notamment à l’égard de conflits non résolus et de débats persistants inhérents au monde de la recherche ?

Fonctions et utilisation d’images
Longtemps, seuls les membres de l’élite régnante étaient en mesure de s’offrir leur portrait en peinture. L’émergence de la photographie démocratisa l’accès à la production d’images et augmenta la visibilité des milieux de vie, notamment dans les pays du sud, avec des possibilités d’auto-observation, d’auto-contrôle ou d’auto-optimisation ; en bref : d’auto-efficacité.
Par le passé, la visibilité par le biais des images jouait un rôle important pour les États et les entreprises commerciales. Dès le début du 19e siècle, un « univers des images techniques » (Vilem Flusser) s’instaura et alimenta ces stratégies et revendications. Les nutriscores indiqués sur les emballages des produits alimentaires, les statistiques économiques, les mesures géodésiques ou les points du système européen de transfert et d’accumulation de crédits universitaires (ECTS) sont partie prenante de cet univers.
Lucerne est l’un des lieux de naissance du tourisme, actuellement l’une des industries de services les plus rentables au monde. L’« industrie des étrangers », le terme employé pour évoquer le tourisme au 19e siècle, prétend à ce que ses attractions ne passent pas inaperçues. Cela implique par conséquent d’invisibiliser beaucoup d’autres choses. Les débats actuels à propos de l’« appropriation culturelle » tournent aussi autour de ce point. Lorsque les migrant·e·s bénéficient d’une grande visibilité, qu’il s’agisse des réfugiés protestants de l’époque moderne ou de mouvements migratoires de l’époque contemporaine, comment celle-ci impacte leur nouvel environnement social ?

Qu’est-ce que la recherche historique rend visible et qu’est-ce qu’elle dissimule ?
Le sujet de l’« (in)visibilité » permet en outre une réflexion sur les questions fondamentales relatives aux fonctions des sciences historiques à l’heure actuelle. L’histoire se définit volontiers, via la publication de sources, en tant que procédé de révélation par le biais de la visibilisation de faits auparavant dissimulés dans les archives. Par conséquent, qu’est-ce qui est rendu visible et visualisé et, au contraire, qu’est-ce qui reste oublié et invisible ?
Le savoir allant de pair avec la visibilité est généralement, dans ses apparitions, d’abord discret car caché dans des classeurs, dissimulé dans des collections d’archives privées, occulté par des éléments spécifiques et des mécanismes techniques. Ce sont des décisions qui rendent habituellement ce savoir visible, et celles-ci découlent de processus conflictuels : qui rend visible quoi, et au nom de quoi ?


Ces réflexions doivent servir d’inspiration pour les débats entre historiennes et historiens de même que pour faciliter un dialogue entre scientifiques et public plus large. Notre sujet est intentionnellement très ancré dans l’actualité : nous considérons les Journées d’histoire non seulement comme un espace de renouvellement de la discipline, mais également comme un lieu idéal pour s’adresser à la cité et échanger avec la société.

Reporting, vidéos et interviews

Notre partenaire infoclio.ch proposera une page dédiée aux Septièmes Journées suisses d’histoire où figureront les enregistrements de la cérémonie d’ouverture et des keynotes, des interviews et les comptes-rendus de certains panels. Plus d’informations suivront bientôt.

Les soutiens, sponsors et partenaires des Septièmes JSH

Organisation du congrès

Les Septièmes Journées suisses d’histoire ont été organisées par la Société suisse d’histoire (SSH) en collaboration avec le Séminaire d’histoire de l’Université de Lucerne.

Comité de pilotage du Séminaire d’histoire

  • Daniel Speich Chassé, professeur d’histoire globale
  • Valentin Groebner, professeur d’histoire du Moyen Âge et de la Renaissance
  • Marion Ronca, coordinatrice

Membres du Comité directeur et du Secrétariat général de la SSH
Comité directeur

  • Sacha Zala, président
  • Francesca Falk, vice-présidente
  • Pascale Sutter
  • Marco Schnyder
  • Christophe Vuilleumier

Secrétariat général

  • Flavio Eichmann, Secrétaire général
  • Marc Aberle, collaborateur scientifique
  • André Miotti, collaborateur scientifique
  • Eli Aisics, assistant étudiant

Membres du Conseil scientifique
Université de Lucerne

  • Gleb Albert, professeur assistant au Séminaire d’histoire
  • Daniel Allemann, maître-assistant au Séminaire d’histoire
  • Loredana Bevilacqua, assistante au Séminaire d’histoire
  • Valentin Groebner, professeur au Séminaire d’histoire
  • Michael Jucker, chargé de cours au Séminaire d’histoire
  • Patrick Kury, professeur titulaire au Séminaire d’histoire
  • Michele Luminati, professeur à la Faculté de droit
  • Daniel Speich Chassé, professeur au Séminaire d’histoire

Haute école spécialisée de Lucerne

  • Barbara Bader, directrice de la Haute école spécialisée de Lucerne
  • Jacqueline Holzer, directrice du département d’arts et de design de la Haute école
    spécialisée de Lucerne

Haute École pédagogique de Lucerne

  • Franziska Metzger, directrice de la filière de didactique de l’histoire et d’histoire publique

Culture

  • Irène Cramm, directrice du musée du Bourbaki Panorama
  • Martin Ettlinger, chef du département marketing au Musée des transports de Lucerne
  • Fanni Fetzer, directrice du Musée d’art de Lucerne
  • Florian Fischer, co-directeur des Archives de la ville de Lucerne
  • Pia Gemperle, historienne auprès des Itinéraires urbains des femmes de Lucerne
  • Almut Grüner, directrice des Musées cantonaux de Lucerne
  • Claudia Hermann, historienne de l’art et muséologue
  • Felix Rauh, responsable du département formation et film de Memoriav
  • Jürg Schmutz, archiviste principal aux Archives du canton de Lucerne
  • Urs Stahel, curateur et commissaire d’exposition
  • Emil Weber, archiviste principal aux Archives du canton de Nidwald et président du Historischer Verein Zentralschweiz

La commission des «Journées d’histoire 2025»
Représentant·e·s des sections d’histoire des universités suisses

  • Valentin Groebner, Université de Lucerne (président)
  • Irène Herrmann, Université de Genève
  • Janick Marina Schaufelbühl, Université de Lausanne
  • Christina Späti, Université de Fribourg
  • Nadir Weber, Université de Berne
  • Kristina Schulz, Université de Neuchâtel
  • Lucas Burkart, Université de Bâle
  • Andreas Victor Walser, Université de Zurich

Représentant·e·s supplémentaires de l’université en charge des journées d’histoire 2025

  • Daniel Speich Chassé, Université de Lucerne
  • Patrick Kury, Université de Lucerne
  • Britta-Marie Schenk, Université de Lucerne
  • Loredana Bevilacqua, Université de Lucerne

Représentant·e·s de la relève scientifique

  • Aline Johner, Université de Lausanne
  • Michael Flütsch, Université de Berne

Représentant·e·s des professions historiques

  • Monika Gisler, historienne indépendante
  • Nadine Fink, Didactique de l’histoire / HEP Lausanne
  • Martin Pryde, Enseignant d’histoire au gymnase, Schaffhouse
  • Gregor Spuhler, directeur des archives d’histoire contemporaines, Zurich