10.9.2026

La SSH dénonce les caviardages dans le dossier Mengele

La SSH dénonce les caviardages dans le dossier Mengele

En mai 2026, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) annonçait accorder à Gérard Wettstein l’accès au dossier Mengele – déposé aux Archives fédérales suisses (AFS) – sous des conditions et modalités restant à définir. Cette décision faisait suite au recours déposé par Wettstein devant le Tribunal administratif fédéral par suite du refus de sa demande de consultation. L’affaire avait suscité un écho important dans les médias suisses et étrangers et la SSH s’était prononcée. Grâce à une campagne de crowdfunding, plus de 18’000 CHF avaient été réunis par Wettstein afin de couvrir les frais de justice.

À l’issue d’un nouveau jugement du cas, le SRC avait reconnu que sa décision originelle de refuser la consultation de ce dossier sous protection jusqu’en 2071 était facilement récusable. Le dossier avait en effet déjà été consulté par la Commission Bergier. À ce titre, un arrêté du Conseil fédéral du 7 décembre 2001 prescrit qu’une accès facilité à l’ensemble des dossiers et documents évalués par cette commission doit être garanti.

Le 10 septembre 2026, le SRC a informé de sa décision de publier le dossier Mengele dans l’objectif de le mettre à disposition de toutes les personnes intéressées. Le communiqué de presse précise néanmoins que certains passages ont été noircis. La SSH salue certes la volonté du SRC de publier le dossier en question mais estime que les caviardages sont hautement problématiques pour la recherche historique. Ils empêchent en effet la conduite d’une étude approfondie, fondée sur les principes scientifiquement reconnus de l’analyse critique des sources. Les documents originaux doivent ainsi pouvoir être consultés aux Archives fédérales. La Loi fédérale sur l’archivage (LAr) ne prévoit en outre aucun noircissement, même s’agissant de noms de personnes, ce afin de prévenir toute censure étatique et de permettre à la recherche de disposer de l’ensemble du matériau nous étant parvenu. En cas de demandes de consultation avant l’expiration du délai de protection, des conditions peuvent toutefois être fixées (comme de présenter préalablement le manuscrit avant publication ou encore d’anonymiser des noms après consultation). Le «Code d’éthique et Principes de la liberté de la recherche, de l’enseignement et de la transmission scientifiques en histoire» (2026) de la SSH pose à ce titre des exigences élevées, en appelant à la responsabilité personnelle des chercheur·euse·s pour que les lignes directrices qu’il dégage soient scrupuleusement suivies.

Du point de vue de la SSH, la consultation de dossiers doit s’opérer conformément aux dispositions de la LAr. La consultation en dehors du cadre légal de la LAr, ainsi que le propose le SRC, doit ainsi être rejetée par principe. Le cadre proposé constituerait en effet un dangereux précédent dans le traitement futur des demandes de consultation. La SSH soutient par conséquent la démarche de Gérard Wettstein, qui exige de pouvoir consulter les documents originaux se trouvant aux AFS.