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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
891223 FRANZ BERNHARD A MAURUS
[Lucerne, 23 décembre 1789]
Mon cher!
Le Prof. Crauer est pour ce moment hors de tout danger, et il
ne sera plus rien pour lui à craindre, s'il se menage, et evite
principalement de s'exposer trop-tôt à l'aire. Il fut sensible de
ton resouvenir, et te laisse saluer affectionement.
Voila ce que j'ai
voulû te mander avant la reponse sur ta lettre du 16, la quelle ne fut pas
decachetée. Il me fut bien agréable d'apprendre que nos gens
continuent à se conduire sagement, et je souhaite que ce repos ne vient
pas d'ètre troublé par une nouvelle emeute. Pour ce qui regard le
3000 L. de D, helas ce n'est que trop vrai, que Nosseigneurs ont eu la foiblesse
ridicule de ceder aux factionairs et partisans aveugles de cet homme pour ecrire
à d'Affry par rapport de cet objet. A peine la motion /: D. ne se
presenta pas lui même :/ fut faite par l'avoyer Amrhyn, que le chancelier
sorta déja le projet de la lettre à d'Affry, le quel fut fortement
soutenu par l'avoyer Pfyffer Schw[...] et compagnie de façon que la
chose fut decreté sans la moindre discussion. En verité j'ai
tombé des cieux quand j'appris cette enorme bettise, la quelle j'ai
toujours encore oublié de te mander, quoique elle se fit peu de temps
après la mort de Reding. D'Affry n'envoya pas encore de reponse à
notre Canton, et je trouve qu'on ne la doit pas presser, parce que l'heure du
berger pour attrapper des claques sur les fesses n'arrive de soi même que
trop tôt. Mais pourvû que ces claques soient un peu sensible, afin
que Nosseigneurs se persuadent une fois que c'est une vraie demence de leur part
de se compromettre tant de fois pour cet orgueilleux coquin, qui ne cherche
qu'à se servir de la patte du chat pour tirer les marons hors du
feu.
Je vois avec beaucoup de satisfaction le zele avec le quel tu remplis
tes dévoirs militaires. Continû dans ces sentiments, et sois
persuadé que dans l'exact accomplissemens de nos dévoirs consiste
le vrai merite de l'homme. Aussi suis-je bien content de la conduite que tu
observe à l'egard de ton colonel. Mais pourtant je trouverai toujours
bien fait de ta part de t'ouvrir entierement à Fayette et à
Bailly, simplement pour leur faitre connoitre tes justes raisons qui t'engagent
à ne plus les voir pour ce moment si frequement comme auparavant, afin
qu'ils ne soient pas induits à croire que tu te sois refroidi à
leur egard: et assurement une pareille franchise, par laquelle tu ferois de
même faire voir ta noble façon de penser, doit te faire gagner dans
leur amitié. Sur cela donc ton jugement est bien plus just que le mien ne
fut: parce que de la façon comme tu agis il n'est pas possible que l'on
puisse trouver un seul equivoque dans ta conduite, au lieu que de l'autre
façon on pourroit t'imputer que tu avois cherché indirectement
d'obtenir la croix, la quelle, pour dire le vrai, tu n'a pas merité: car
elle païe la quotité des années, ou des exploits militaires.
Elle n'est donc qu'un signe de l'age, ou recompense à celui, qui s'est
distingué par la bravoure du massacre. Mais comme tu n'est pas si
avancé en age, et comme ton bravour ne s'est pas distingué
à detruire, mais à conserver, à conserver un état,
et la vie des bons citoyens, tu ne peux pas ètre recompensé avec
la même chose, qui est proprement destiné pour le contraire: c'est
une couronne civique qui doit faire ta seule decoration. Tu porte un ruban dont
le maire au nom de la ville de Paris t'a revetû? Ce signe de
reconnoissance de sa part est une preuve de tes merits. Mais, ose-tu le porter
au regiment sans que cela donne sujet à des observations? En cela il est
pourtant à remarquer, que ce ruban ne fait pas un ordre, Paris ne pouvant
pas de son chef d'en creer un, de façon qu'il pourroit paroitre
affectation de vouloir se parer d'un ruban pareil. Mais tes camerades
t'auroient déja averti de cela, s'il pourroit atteindre la moindre des
choses à ton character public, et les chefs ne t'auroient pas permis de
le porter, si ce distinctif n'etoit pas par tout le monde respecté. Ainsi
prens que je n'ai rien dit.
L'etat que mon frere Leger embrasse, ne
souffrira certainement
pas le changement que tu craigne, ou au moins pas
citôt comme tu crois. Nos interest particuliers se croisent trop,
et la jalousie des individus est trop forte, pour qu'à jamais il puisse
arriver que l'on permettra de detruire la seule resource de nos familles
à l'avantage d'un petit nombre. Mais par contre c'est aussi cet interet
particulier, qui empeche que l'on puisse travailler pour l'interet public, qui
ordinairement est étouffé dans son germe. Et voilà pourquoi
que j'ai tant des degouts et des chagrins à travailler sur cette maudite
galere, ce qui m'induit bien des fois à penser serieusement d'embrasser
quelque autre étât dans des païs étrangers. Mais tu
sente bien, que tout état ne peut pas me convenir, car, en acceptant un
qui ne reponderoit pas au character dont je suis honoré dans mon
païs, pourroit m'attirer le blame des gens sensés à juste
raison: et de l'autre côté si l'étât étoit pour
moi, c'est alors encore une grande question, si je serai pour
l'étât. Et puis il faut aussi faire des reflexions, que chaque
republicain doit se vouer pour son païs, et ne s'en absenter que pour
s'acquerir plus de connoissances scientifiques et pratiques des hommes et du
monde pour acquiter mieux et avec plus d'effet ses devoirs. Si l'on est sur la
galere, il faut voguer avec elle, et prendre pour devise: contra audentior
itu: Mais qu'il nous soit aussi permis de demander quelques fois avec
Géronte: "Mais qu'avois-tu à faire sur cette maudite galere?"
Voilà des reflexions preliminaires sur ta proposition de me faire avoir
une place dans le civil. Je serois pourtant curieux d'apprendre de toi de quelle
nature elle pourroit ètre, et puis je serai mis en état, de
pouvoir t'en dire quelque chose de plus definitif, si non en egard de moi, mais
bien de toi, s'il arrivoit que le service n'avoit plus d'attrait pour toi. Je ne
prévois pourtant pas que tu en sera citôt degouté, parce que
je suis persuadé que l'organisation du pouvoir militaire, qui sera
projetté par l'auguste Assemblée nationale, te racommodera avec
ton état, fut ce même aussi que de votre regiment il en soient
formés deux: de quoi il n'en resulteroit pas un si grand mal pour nos
officiers lucernois, vû que de nos deux compagnies de la garde il en
seroient formé six ou par ancienité tu pourra presque aspirer
à une, ou d'avoir l'esperance en peu d'années d'en obtenir une. La
seule chose facheuse seroit, que cela t'ecarteroit de tes amis de Paris, qui
sont si renommé dans l'histoire de cette révolution unique, que je
suis de toi jaloux, comme un frere l'est de son frere, quand il ne peut pas
entierement partager son bonheur avec lui. Mais de tout il commence à me
devenir très probable, que nos troupes ne seront pas chassés de la
France. Les raisons que Mr Dubois de Crancé a allegue
sont d'un grand poid et les seuls que l'on peut apporter en notre faveur. Des
mêmes les circomstances viennent aussi à notre appuie, parce que le
peuple n'a plus ces desavanteugueses opinions de nous, comme il en avoit il y a
un an, où il nous a appelé Bourraux, Bouchers etc. Il a vû
parcontre dans cette crisis, en verité bien delicate pour nos
régiments, que notre conduite fut sage, et que nous n'avons
été que pour entretenir l'ordre et point nourris de dessins
sanguinaires pour massacrer le peuple. Mais aussi faut-il avouer que nous avons
été heureux, de ne pas nous avoir trouvés dans une
situation, dans la quelle nous aurions été obligés de tirer
un coup de fusil, parce que alors la medaille se seroit changé
entierement en notre desfaveur. Et comme la face de la France changea tout d'un
coup, je deviens aussi grand protecteur du service, comme j'en etois enemie
auparavant: nos officiers n'ayant alors appris qu'à despotiser, tandis
qu'ils pourront dans ce moment apprendre à redevenir citoyen, et aimer
les virtus republicains, l'homme non eclairé n'etant qu'un singe qui
immite ce qu'il voit et dont il est entouré. - La seconde partie du
discours de Dubois où il veut casser et briser tout d'un coup les
régiments françois ne m'a pas tant plus. Parce que si l'on ne fait
pas de peu en peu les reformes des régiments, vous inondez la France d'un
tas de gueux qui n'ayant plus leur subsistence, seront forcé à
executer de mauvais dessins, dont la nation pourroit dérechef ètre
troublé, ne prevoyant pourtant pas dans ce moment une derniere
révolution, parce que les ailes sont coupés à la noblesse
et au clergé, et leur influence, s'il en existe encore, est sans
efficacité.
Voilà une lettre pour un soldat de votre compagnie
que l'on m'a prié d'inserer dans cette lettre. Et une servante m'a
prié, de te mander si tu ne pourrois pas lui donner par moi des nouvelles
de son frere appelé Augustin Meyer, qui doit etre dans la compagnie de
Pfyffer.
Nos Parents te saluent. Aime comme t'aime
ton Frere.
23 Xbre 89.
[Sans adresse]
891223.FB-M.(AN:T1534/225)(15.9.93).(CO.1)