sgg_logo   Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee
891118
FRANZ BERNHARD A MAURUS

[18 novembre 1789]

Ce matin nous avons enterrés P. Braunstein, qui dépuis le mois de juillet est devenu fou, de l'eau s'étant mise dans son cerveau et qui recevoit avant-hier un coup d'apoplexie. Je le plains de tout mon coeur. Après l'enterrement j'etois obligé d'aller au Conseil, et voila pourquoi ma lettre ne pourra pas etre aussi long comme la tienne, encore sans date /: pourquoi cela?:/ qui nous a fait un grand plaisir à tous: mais nous aurions eu moins d'inquietude, si tu l'avais partagé en 3 parties, et envoyé chaque semaine une, car de cette façon nous aurions eu toutes les semaines une lettre de toi. Mais j'espere qu'à l'avenir tu suivera ce regime. Relevons apresent quelques choses de ta lettre.
Je trouve que l'on fait bien de faire repondre Besenwald pour les ordres qu'il a donné, et les lettres qu'il a ecrit, à un moment, où il a été decreté la responsabilité de ministres et chefs de corps. Je souhaiterois pour l'honneur de notre nation, qu'il pourroit se legitimer entierement.
D'Affry t'a cajolé, il t'a pris avec de belles paroles, a vu que tu n'avois pas assez de connoissance de l'homme, et par contre un trop bon coeur qui ne peut pas resister à des sentiments /: affectés et hipocrites:/, et de cette façon il lui etoit aisé de te duper. Ayant donné ta parole tu n'ose plus faire aucun demarche. De La Fayette, occupé de trop des choses, t'aura déja oublié ou t'oubliera bientôt, et les electeurs croiront avoir tout fait, s'ils t'auront presenté un cadeau. Mais en tout cas n'oublie jamais de demander un certificat. Et comme il y a toute probabilité que tu n'obtiendra pas la croix, je voudrois pourtant avoir quelque distinctive, et de cette façon je demanderois la bourgeoisie de Paris. Et puis je voudrois profiter de ce moment dans lequel je suis si bien vû. Je tacherois donc à conserver les connoissances faites et à les frequenter regulierement ce qui pourroit t'etre util à bien des choses, et peut-etre te procurer une femme aimable et riche si tu avois envie à te marier. Au rest tu a assez bien fait de donner la parole au colonel de ne plus faire de demarche pour la croix: parce que d'en faire malgré lui auroit abouti à t'exposer d'avantage à ses chicanes et caprices. Mais pourtant, je lui aurois marqué que je ne voudrois pas empecher ni le district, ni de La Fayette, ni les electeurs d'agir de leur gré s'ils avoient de la bonne volonté pour moi à me la faire obtenir par leur propres motives et soins.
Quand tu m'a objecté que j'étois mal informé par rapport des gardes du corp et de leur pretendus excess, je crois qu'avec le même droit je peux te dire que tu représent sous un aspect trop triste les affaires de la France d'aujourd'hui.La presence au millieu d'un desordre peut faire naître de craintes continuelles, et les nouvelles que l'on reçoit à Paris ne me semblent pas toujours etre les plus veridiques de façon que l'on peut etre trompé à deux egards et pour le bon, et pour le mauvais. De cela il me paroit provienne cette declamation rhetheurique que tu me fais sur l'état de la France. Mais sur ce point je dois te confesser, que je reprens mes meilleurs esperances, que tout ira mieux; car l'on s'empresse à se faire inscrire pour le quart de ses revenues, et les biens eclesiastiques rempliront de même un grand vuide: et tu verra que l'ordre et la tranquillité renaitra tout-aussi-tôt que l'état n'aura plus le besoin numeraire, parce que dans nos jours c'est l'argent qui est le ressort universel qui met tout en action, produit et reproduit tous les effets desirables. En second lieu cette coalition des nobles et du clergé n'a pas pu reussir à faire protester les provinces. Les nouvelles que nous avons reçu de leur adresses aux Etats généraux, dans les quelles les provinces aprouvent tous les decrets de l'Assemblée nationale, me calment infiniment. Et je ne craigne en rien les puissances exterieures, vû qu' un seul pas menaçant ou de l'empereur ou de l'Espagne causeroit une guerre universelle et metteroit toute l'Europe en combustion, sous laquelle ecrouleroit tout le systeme politique de l'Europe.
Ce que tu m'a mandé touchant la Garde Suisse m'a beaucoup rejoui. Mais les nouvelles que nos capitaines ont reçu, ont été extremement desolantes, car les compagnies Durler, Pfyffer et Reding doivent suivant leur rapport tumultuer excessivement, faire des demandes outrés, et commencer à refuser le service. Sur cela l'avoyer Amrhyn a fait aujourd'hui au petit conseil une motion par rapport de cet objet, et on a conclu d'envoyer à Mr d'Affry une proclamation en lui ordonant qu'il doit rassembler tous les Lucernois de nos deux compagnies, et de ceux qui sont eparses dans les autres compagnies et leur promulguer l'ordre de Mes Seigneurs. En même tems l'on m'a donné un ordre par bouche, de t'envoyer la copie de cette proclamation, que cy jointe, et te mander, que tu dois observer, si le colonel la fait promulguer ou non; sur quoi tu dois en faire le rapport aux capitaines. Voila ma comission faite. Mais sur le pas de Mes Seigneurs il y a beaucoup à dire. 1. Quel motive avoit l'avoyer de faire une telle motion, quelles preuves pouvoit-il apporter? Aucunes, que le bruit publique et les plaintes des capitaines. 2. Si les capitaines ont à se plaindre pourquoi n'osent-ils pas se presenter eux mêmes, principalement comme cette affaire les touche directement? C'est qu'ils ont peur de la corde. 3. Mais Mes Seigneurs peuvent-ils decreter quelque chose sans plainte directe et sans preuves? Il paroit qu'ils s'arrogent ce droit. 4. La proclamation produira-t'elle l'effet desirable? J'en doute; car elle n'est pas conçu dans les termes propres. Pourquoi pas y dire: Nous sommes fachés d'entendre, que vous agissiez d'une maniere extremement contraire à l'honneur de notre nation, et à votre serment. Si vous croyez d'avoir de plaintes justes à proferer, adressez vous à nous et nous vous ecouterons, mais en attendant nous voulons que vous restez tranquils au régiment et que vous obeissez à vos chefs et que vous remplissez votre devoir pour le service, si non &c.? - Mais auroit-on pu dire cela tandis que l'on se refuse à ecouter les lieutenants qui ont pris ce chemin? Mais si l'on ne veut pas les ecouter peut-on les punir, quand ils veuillent se rendre justices eux mêmes ne trouvant pas de la justice ailleurs? 5. Quand on dit que l'honneur de la nation est compromis dans cette affaire, pourquoi pas ordonner aux capitaines de retourner à leur compagnies, d'y metre de l'ordre et de les rendre responsables pour tout facheux qui peut arriver à nos compagnies par leur fautes? C'est que nous sommes accoutumés à nous flatter l'un l'autre, et pas dire des choses desagreables à un qui se donne un ton ministeriel.Voila et encore de plus ce qui auroit [été] à dire sur cette proclamation.
Ce qui te regarde je te conseille de mettre tout ton pouvoir et credit en oeuvres pour faire revenir ta compagnie à son devoir. Il faut relacher les brides mais jamais les perdre des mains: retiens les quelques fois pour faire sentire aux chevaux que tu en es encore le maitre, fais leur sentire aussi le fouet tout fois qu'ils font un mauvais pas mais seulement dans ce cas, et alors tu mêne vos chevaux fugueux par tout que tu veux. Agis de même avec le soldat. Soit bon avec eux, fait exactement le même service qu'eux sont obligés à faire, mais soit dur pour tout ce qui concerne le service. Punis rigureusement mais soit toujours juste et tu n'aura rien à craindre, parce que nous avons reçu tous un sentiment pour l'ordre et le gros d'un peuple ne se soulevera jamais quand l'on soutient, si même avec rigueur quand la necessité l'exige, une chose qui tent à entretenir cet ordre. Mais avant que l'on frappe il faut murement reflechir s'il est juste ou non, si tel homme a commis une faute, ou s'il n'y a pas une méprise que l'innocent est punis pour le coupable. - Si dans ce moment vos gens auroient de plaintes justes je leur dirois de se tranquilliser, et de faire dresser une adresse à leur Souverain et l'implorer pour secours. Mais si leur plaintes et leur demandes /: j'ignore presque le tout :/ etoient injustes alors il faut prendre avec toute sagesse et toute precaution tou[te]s les mesures, la persuasion, de bonnes paroles, le blame, et des punitions pour les faire rentrer à leur devoir, et sois persuadé que si tu viendra à bout de cela, que tu te fera un grand merit auprès le corps, auprès les capitaines, et auprès notre nation.
L'egard que les bons boulangers avoi[en]t pour toi, est une preuve de leur sentiment sincere envers toi. Il nous a fait un vrai plaisir de l' apprendre.
Ce que je pourrai faire pour le jeune Pfyffer je le ferai, s'il aura de la confiance en moi. Mais par contre il faut que tu nous ecrive[s] toute le semaine une fois. N'oublie jamais de m'ecrire.
Crauer Fr. Reg. et le medecin qui est de retour d'Allemagne et qui veut s'etablir ici, Ruttiman et l'abbé Mohr comme toute notre maison te salue[nt] tendrement. Veuille toujours le Ciel te conserver et te rendre heureux dans toutes tes entreprises. Vale et ama.

le votre

18. IXbre. 89.

[sans adresse]

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