sgg_logo   Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee
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FRANZ BERNHARD A MAURUS

[Lucerne, 4 novembre 1789]

Observe pour regle: de ne jamais faire attendre quelqu'un. Voila déja 15 jours que nous n'avons plus reçus des lettres de toi, et cela nous impatiente très fort principalement comme nous ne connoissons pas la raison ce qui te rende si taciturne tandis que tu a été si regulier auparavant. Je ne peux deviner que deux raisons qui pourroient t'empecher à etre moins exacte: ou que tu sois fortement occupé sur ton poste de garde, ou que les lettres ne passent pas. Dans le premier cas je crois pourtant que tu pourrois trouver un moment qui te donneroit le loisir à me mander simplement: je me porte bien - sans rien de plus; car cela après tout m'interesse de plus, venant d'ailleurs à la connoissance des nouvelles par les papiers publics quoique toujours un peu plus tard, et moins exact que par tes lettres. Si donc tu n'a pas d'autres excuses, que celle là, pour ta taciturnité, tu merite pour la 1re fois une admonition, mais si la même chose venoit d'arriver une seconde fois, je te chargerois bel et bon d'une reprimande vigoureuse. Mais si de l'autre côté, le peuple ou les comis du bureau de la poste s'arrogeoient le droits /: ne subsistant encore aucun reglement pour cela des Etats généraux :/ d'intrecepter les lettres et de ne les pas laisser passer, alors je n'aurois rien à redire que de complaindre que la foiblesse du gouvernement ne sait pas faire respecter un des articles de plus sacrée de la declaration du droit de l'homme constitué et sanctioné. Pourtant, helas! je ne dois que trop m'appercevoir de cette foiblesse actuelle du gouvernement, de façon que rien ne m'etonnerois. La chose a extrèmement changée dépuis ma derniere lettre /: l'a tu reçu? elle a été datéé du 21 8bre et t'adressée à Versailles :/ - Les liens qui doivent attacher le peuple au souverain sont dissous. Il n'y a plus de respect, il n'y a plus d'obeissance, il n'y a plus des justes mesures dans ce peuple qui se servoit de ses forces avec tant d'énergie que de justesse, mais qui les emploie dans ce moment pour le desordre, étant dévenu par des executions trop reitérés sanglant, inhumain et barbar. L'on vient attacher aux mots, droit, et liberté le sens de la licence, et personne est là qui veut preter ses mains à revendiquer l'ordre. La pusilianimité s'empare des defenseurs de la patrie, des gens eclairés, de ceux de l'activité des quels on devroit attendre la regeneration du plus beau royaume de l'Europe: les Etats généraux veuillent se debander, et Mounier, pour le quel j'avois tant de respect, dans la sagesse du quel je fondois tant d'esperance; ce Mounier voyant que l'on refuse des passe ports s'enfuye de son chef dans sa province, et se rende coupable de quitter son poste malgré son serment de ne pas le quitter avant l'etablissement de la constitution; et se rende coupable de ses dessins d'exciter la Dauphiné pour faire de protestations, contre quoi? que l'on n'a pas voulu ecouter son projet de deux chambres? C'est pousser l'amour propre trop loin que de se croire infallible. Lally-Tollendal de même se retire dans sa province. Veut-on donc pour comble de malheur encore entramer une guerre civile? Pourvû que le François pourroit se sentir et faire le raisonnement: qu'il vaut mieux d'apporter cet argent, qu'une guerre lui coûteroit, dans la caisse, de quoi renaitroit la tranquillité, l'ordre, et la surté personelle et de la proprieté, que de le depenser follement dans une guerre qui attireroit infalliblement des puissances etrangeres, des flots de sang, la devastation des campagnes, la misere, la famine avec tous ses terribles attirails, la banqueroute la plus ignominieuse, qui rejetteroit des millions des honets gens dans le gouffre de la plus grande misere. L'anarchie, pire que le despotisme feroce, dicteroit, dans ces moments des desolations, des tristesses et des pleurs, des loix dures, et la suite en seroit ou les demembrements des provinces, ou le retour du despotisme. Les voeux pour le repos et une tranquillité apparente doit alors le faire remonter sur le trone, car dans ce monde toujours les extremités se touchent ou nous passons par un saut pardessûs du just millieu. Derechef je me trouve hors d'état de pouvoir faire le moindre des raisonnements. Je loue d'un coté la sagesse de l'Assemblée nationale qui emporte mon respect: car tous ses pas jusqu'aujourd'hui ont été sages et ses mesures justes à quelques exceptions prêts, sur les quelles je ne veux pas faire des reflexions vue que ne connoissant pas entierement toutes les circonstances et les motives, je pourrois me tromper. Mais de l'autre côté l'on ne voit aucun patriotisme, aucune generosité /: le peu des nombres de quelques individus vertueux, presqu'entierement du nombre du tiers état, ne viennent en aucune consideration :/ l'on ne voit aucun effort pour se priver d'un part à se conserver le reste. Je ne crois pas de me tromper si je pretend que ce sacrifice seul peut faire changer les choses en bien, faire retourner l'ordre et la tranquillité, et reflorer le royaume dans sa premiere splendeur, et force, qu'il avoit sous Henry IV le meilleur de bons Rois. Je jette donc mes yeux sur ce seul objet, que je regarde pour la basis de l'etablissement de la nouvelle constitution. Et si mes esperances, que je conserve encore, ne se realisent pas sur le païement du quart de revenus, je finirai par faire ma derniere remarque, qui est; que les vices et les moeurs depravées ont rendu ce peuple trop esclave pour etre capable de la liberté: et que tous ses beaux efforts n'ont été qu'une ébauche d'un moment d'ivresse comme c'etoit du tems de l'empereur Cajus.
Si vous m'ecrivez, et si tu a le loisir explique moi aussi l'enigme de la pretendu mission du duc d'Orléans, et sur les recherches que l'on fait par rapport d'une conspiration souppsonnée, et du bruit sourd qui court, que l'on veut conduire le roy avec 20'000 homme à Metz et rassembler là tous ses partisans, ce qui suivant mes vues seroit un coup desesperé, qui pourroit devenir aussi fatale pour le royaume que pour l'individualité de la maison royale.
Porte toi toujours bien, sois plus exacte à m'ecrire, et ne laisse partir aucun poste sans m'envoyer une lettre n'importe qu'elle ne contient qu'une parole de toi

à ton frere M de Schauensée

4.9bre89.

Mes parents te salue tendrement. Il sont curieux d'apprendre, comme tes affaires vont. Les circomstances me paroissent peu favourable pour toi, et je crois de plus en plus, que la prophezie de ma derniere lettre sera accomplie, et que tu n'obtiendra rien. Patience. - - -

A Monsieur Meyer de Schauensée / officier aux Gardes suisses, demeurant à / la Caserme de Courbevoie, presentement / des gardes / à / Versailles


891104.FB-M.(AN:T1534/192)(13.9.93).(CO.1)