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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
891014 LE PèRE A MAURUS
Lucerne le 14e. 8bre: 1789.
De votre lettre du 5e courant adressée au frere
François j'ai lû avec horreur le sScandaleux enlevement du Roy, que
les Parisiens ont amené à mains armées à sa
résidence en ville - au Louvre. Scene! qu'on ne peut doûter
concertée, manêgée, étudiée, dès que
les Parisiens ont pénétré les intentions du Roy, d'aller,
accompagné des ses Suisses, à Compiègne. Que faire? Il faut
attendre avec le fondeur de cloche l'issu de tout celà. Mais de tout
cella je ne comprend pas bien, ce qui peut avoir engagé Mr
d'Affry de faire rétirer son régiment de Versailles au
quartier; me paroissant que par tel ordre le palais royal feût en abandon
aux Judas Iscariot. Scene qui resemble tout à fait à celle de
notre Sauveur. Plût au Ciel que salut en arrive aux François, comme
il en arriva à nous crétiens.
Mais parlons un mot de votre
croix, que vous auriez si bien merité, après tout ce qu'avez
essuié au service du poste à la Halle; poste aussi
périlleux aussi important et aussi délicat - mais que votre
colonel ne juge pas être service de guerre; qu'est-ce donc et qu'auroit-ce
été si les boulengers ou les bourgois de la ville vous eussent
insulté, attaqué? etc. Je dis que cette commission êtoit
plus que le service en pleine Campagne. Ce n'est que l'envie, qui ne sied
guere à un seigneur de sa classe, qui peut raisonner ainsi. Vous
êtes trop jeun pour meriter une marque de bienveuillance et satisfaction
du Roy! Mais vous ne le serez pas, pour faire la villenie de vous faire
recompenser d'argent, comme par imprudence, ou par malice l'on tentât de
vous le conseiller.
Coment un chef aura peur de presenter au Roy un de ses
officiers qui s'est distingué par son service sur tous les autres de la
nation; qu'il me dise plutôt, qu'il en a de la honte pour son corp. Si
jétois en votre place, je ne m'en dérpartirois pas si aisement;
Bailly, La Fayette, comte Ogny vous ont déja montré le chemin
auprès le ministre de Guerre, celui cy vous a invité de manger sa
soupe avec lui; si vous n'osez accepter par modestie tant d'honneur, du moins
profitez de lui faire votre cour, de lui offrir votre service et de tâcher
de meriter sa protection et sa bienveuillance, à dépit de l'envie
de qui que ce soit; - secondé par d'autres patrons qui ont de l'influence
chez le ministre, et d'amitié sincere pour vous: qu'en sait on ce en peut
reussir de bien pour vous. Encore avez vous de puissants amis et patrons parmi
les députés de la nation, qui vous ont flaté de vous
presenter quelque beau jour à l'Assemblée générale,
comment si cela pouvoit avoir son effet, sur le motif de merite personel et
général que vous vous ètes aquis? Sur tout en offrant avec
les citoyens un don patriotique par le sacrifice des gratifications et pensions,
qu'on vous sugere généreusement d'accepter, mais, que sans vous
avilir vous ne saurez jamais le faire; Et puis si àlafin il arriva qu'on
voulûsse vous oblier, consolez vous en de la noble pensée, que la
croix vous a déja été decernée de tous ceux qui vous
connoissent, hormi Mr. le comte d'Affry. Le chât
migneant.
En allant à tâton sans se fier trop à tout le
monde, et manégeant prudement ses interets, qu'en sait on, les choses
peuvent gagner un autre train. Le Ciel vous conserve seulement votre amy
à la ville, dont vous étiez flaté de sa confiance à
coeur ouvert.
Dieu vous conserve, ayez toûjours soin de vous et de
votre santé, continuez à être prudent, honnet et
circonspect, surtout dans les confusions qui regnent aujourdie dans le Royaume.
Les choses se debruilleront à la fin: Dieu veuille en bien de L
Etât.
Tout le monde se porte bien et vous fait mille voeux.
Adie[u].
[sans signature]
A Monsieur /
Monsieur Meyer de Schauensee / Officier aux Gardes suisses / du Roy./ A
Courbevoye / pres Paris / par Bâle.
891014.PE-M.(AN:T1534/219)(13.9.93).(CO.1)