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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890916 FRANZ BERNHARD A MAURUS
[Lucerne, 16 septembre 1789]
Mon cher frere!
Je t'annonce par ces peu de lignes mon retour de
l'Italie, mon retour d'un voyage qui m'a été agreable en
regard de bien des choses, mais le quel en même tems m'a causé bien
de la peine n'y ayant rencontré que des hommes de coeur et d'esprit
depravés au derniere point; suite ordinaire quand un gouvernement
despotique et une ferulle de fer force les hommes à etre esclaves,
où bientot ils contractent aussi tous les vices de ceux là avec
leur état malheureux et deplorable. Je manque du loisir pour te faire un
recit de mes observations, que j'ai fait dans ce païs destiné par sa
situation à etre plus heureux qu'il n'est.
J'etois ravi à mon
retour de trouver une de tes lettres adressée à mon pere: mais
j'étois faché d'y voir qu'il y a une de perdue qui a
été adressée à moi. Peut-ètre qu'elle se
retrouvera encore; car je ne peux pas m'imaginer qu'elle avoit été
supprimée surtout dans le moment, dans le quel on declare les lettres
pour sacrées. - C'est encore la même bonne conduite, et le
même sain jugement qui t'a sauvé d'un cas très
périlleux, comme ils t'ont suggerés dans le tems passé les
mesures les plus justes et les plus heureuses pour appaiser toute emeute et
rendre la surté à ton poste et à la ville de Paris. Et
c'est avec plaisir que je vois que tous tes camarades te rendent justice sur ce
point, et qu'ils approuvent dans leur lettres ta façon d'agir à ce
point, qu'ils avouent qu'eux mêmes n'auroient pas été en
étât de maintenir un si bon ordre, et de faire tant des actes de
merveille comme tu en a su produire. J'aurai pris tout cela pour une flatterie,
s'il avoit été adressé à moi, mais comme l'on m'en a
fait part des lettres d'autrui, je le prens pour un aveu sincere. Pourtant il
faut que je t'avoue que j'eprouve toujours encore quelque inquietude
jusqu'à ce que je sais que l'abondance aït retourné à
la Halle, ou que tu aïe quitté ton poste parce que à la
longue ces sorts de mouvements continuels peuvent devenir dangereux; car l'on
est toujours forcé de desobliger des uns et des autres leur faisant voir
leur torts et par cela on multiplie le mombre de mecontens. Ceux là alors
sont capable à cabaler pour se venger, et le peuple qui suit
toujours ce qui lui fait le plus d'impression pourroient dans un moment de
frenesie, et seduit par quelque demagogue, te vouloir autant du mal qu'il te
veux du bien pour ce moment. Et même cette histoire que tu avois avec ce
comissaire qui a pris la fuite pourroit un jour etre tournée à ton
desavantage; car, quoique il n'y avoit qu'une seul voix pour t'absoudre et
t'assurer qu'aucun ne te crois capable à vouloir le tromper et aider un
homme pour pouvoir s'enfuir qui peut-ètre a merité leur juste
blame, il pourroit arriver que dans un cas dans le quel il pourroit avoir
quelque mecontentement contre toi /: ou qu'il soit imaginaire ou réele,
je ne crois pas que tu manquerois à dessin, mais tu n'est pas hors
de manquer surtout dans des cas si delicats souvent si compliqués,
où l'on ne peut presque pas juger, qu'après le fait, ce que l'on
auroit dû faire :/ c'est dans ce moment, je dis, où le peuple
pourra rechauffer des anciens histoires, t'imputer la fuite du comissaire, et te
rendre responsable d'une chose qui ne dependoit pas de toi, et de la quelle le
peuple t'a déja absou, mais ce qui n'a jamais de force, parceque le
raisonnement et la justice ne reside pas toujours entre le plus grand nombre et
jamais quand on a dessin à le tromper. Je veux esperer que toutes ces
craintes ne proviennent que de l'amour fraternelle, qui prens trop à
coeur tout ce qui te regarde. Et j'espere encore en Dieu qu'il te sauvera
dorénavant de tout accident facheux qui pourroit t'arriver comme il a
fait jusqu'appresent. Et alors je n'aurai pas un plus grand empressement que de
recevoir bientot des tes nouvelles, de celles de votre régiment et
l'arrivé de Pfyffer et Durler à leur compagnies. Pourquoi les
articles, que vos officiers ont redigés, ne sont-ils pas encore
arrivés? - Sur cela je te parlerai dans mon prochain à la longue.
Mais si tu n'a pas encore signé je te conseille de le faire. Nos vieilles
peruques font quelque cabal par rapport de cela: mais je ne pouvois pas encore
bien decouvrir ce qu'elles veuillent faire. La pension d'abord les a fait signer
la capitulation et les autres Cantons les ont suivies. Je suis innocent à
cette sottise, car cela est arrivé pendant mon voyage.
Adieu.
Porte toi toujours bien et aime
ton frere Meyer de Sch.
Lucerne 16 7bre 89
Mes parents et Hertenstein te
salue[nt] de tout leur coeur.
A Monsieur / Monsieur Meyer de
Schauensée / Officier au régim. des Gardes Suisses / à /
Courbevoye près / Neuilly. / Par Bâle et
Paris.
890916.FB-M.(AN:T1534/281)(22.8.93).(CO.1)