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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890818 LE PERE A MAURUS
Lucerne le 18 août 1789
Sauriez vous bien douter, mon cher, combien votre derniere lettre du 2
août m'aye dû causer de consolation - à moi et à tous
les votres qui êtoient tant en peine pour votre situation. Inexprimable
est le plaisir que j'ai goûté du recit que vous m'avez fait
à l'égard aux avantures que vous aviez à éssuier
dernierement à la Halle, et de la maniere sage et prudente que vous vous
y êtes comporté; conduite, que vous fut inspirée d'en haut
pour felliciter vos jours, et pour vous meriter l'amitié et l'estime de
ceux qui étoient l'objet de votre louable action. Continuez sans
relâche à marcher sur cette route - faites toujours votre devoir
sans faste, sans élation et sans interets - seulement pour accomplir
votre vocation, toutte avanture romanesque à part; et vous ne manquerez
pas de prosperer. Souhaitant que l'inconstance du sort ne vous contrarie jamais
dans cette flatteuse carriere. Les Suisses, come je le sais de bonne main,
même de Paris, ne sont pas si devoué de la nation co[m]me quelques
uns vouloient; com[m]e les plus enciens amis et confederés de la France
ils ne seront jamais d'amitié incompatible avec la liberté
françoise, qu'on va planer pour la gloire du Roy et la fellicité
de sa nation, qu'il aime si tenderment. Qu'il plaise à Dieu qui
régît touttes les puissances, de calmer tous les esprits pour
attendre paisiblement l'accouchement de ce grand et important ouvrage.
Si
jamm[a]is la croix fût decernée par merite à votre bonne
conduite avant l'age, souvenez vous en bon cretién, qu'aussi celui qui
portât la croix de notre salut après le plus grand Roy fut un jeune
garçon du pavé de Jerusalem - Cirené.
Je suis
privé de vos lettres, que j'ai souhaité plus que jam[a]is,
vû de la couriosité d'apprendre des nouvelles interessantes. Peut
être que ce ne soit votre faute, puisqu'il en manque cet ordinaire aux
officiers et à tout le monde; ce que nous fait douter quelque
évenement, qui les peut avoir retardée. Quoique il en soit ne nous
laissez pas manquer de vos nouvelles autant que pouvez, et si peu que ce soit,
pour ne nous laisser aucunement en peine.
Celle cy vous sera remise par
votre capitaine Pfyffer rappellé à sa compagnie, où il sera
d'autant plus necessaire pour calmer et rassûrer en pere son monde,
à l'honneur et à l'avantage de la nation suisse; comme aussi tous
les autres feront bien, s'ils se prendront sur ce ton.
Le grand repas de
boulangers n'aura aparement encore point eu lieu avant la calamité de la
disette passée. Sur quoi je soûhaitte tant de bonnes
nouvelles.
Bientôt vous recevrez une comission, qui vous procurera
l'honneur de parler au grand ministre. Accipé est
seper!
Continuez, encore une fois, d'être sage - brave avec
prudence, sans extravaguer où la necessité n'y est, on sert
souvant mieux en se conservant pour son Roy qu'en s'exposant au hazard à
un courage ambitieux, com[m]e la grenoulle de Phèdre. Vivez en bonne
santé - tous vous saluent tenderment - Le Seigneur vous benisse
R.Meyer
PS. Avez vous reçu ma precedante lettre addressée à
Courbevoie, incluse dans celle de votre frere FBernard dattée 29
[juillet]? Je vous y ai marqué de vous prévaloir, avec la
discretion, que vous connois, chez Mr. le colonel Schwytzer pour
quelque argent que vous pourroit faillir. J'en serai garant. Faites lui bien de
mes complimens à l'occasion qu'aurez de le reverer.
Mr.
d'Hertenstein s'engage de vous faire part, par cet'ordinaire de tous les bruits
vagues que courrent par icy concernant les interets des Suisses.
A
Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée / Officir. aux Gardes
Suisses / Commendt. à la Halle aux Bled / Paris à la
Halle au bled.
890818.P-M.(AN:T1534/274)(22.8.93).(CO.1)