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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890812 FRANZ BERNHARD A MAURUS
Lucerne 12 août 89
Mon très cher frere!
Je t'anonce que j'ai reçu ta
lettre du 30 juillet, mon pere ayant par le second messager reçu
celle du 2 août, la quelle nous a fait bien du plaisir, et autant
de plus, que ta première lettre nous a indiquée, que ta
situation commençoit à devenir dangereuse. Dieu merci,
c'est aussi le second orage qui a passé par dessus ta tête sans
oser te heurter. Dieu veuille que aussi le troisième qui te menace
encore, ou soit elo[i]gné de toi, ou qu'il ne puisse pas te faire du mal.
Mais je frémis à la nouvelle que tu nous a donné à
la fin de ta lettre, car tout est perdu si le pain manque. Tu serois assailli,
et pourrois devenir la victime d'un peuple, poussé à
l'extremité par la famine, et Paris deviendroit le champs de desolation,
des pleures et de pillage, de façon qu'il ne pourroit plus etre de salut
pour ce beau royaume qu'après quelques années d'une anarchie
terrible et d'une emigration déplorable. Elo[i]gnons ce triste image de
nos yeux et ayons toute la resignation en Dieu, qui pendant ce tems, comme tu
remarque bien, a veillé incessament pour ces braves gens qui font des
éfforts incroyables et étonnants pour se defair d'un despotisme
atroce, que Dieu ne veut jamais. Abandonne toi entierement à celui, et tu
obtiendra de lui de l'assistance.
En jettant dans ma retraite paisible un
coup d'oeil sur les affaires de la France, je remarque avec une veritable
satisfaction que tout ira bien. L'ordre commence à s'établir: la
premiere ebauche a finie son epoque, et les provinces se tranquilissent. Nous
n'entendons plus conter des histoires des excès effrayantes, dont
nos coeurs ont été dechirés; et nous savons pour
sûrs, qu'il n'y a plus que quelques malintentionés, que quelques
brigands, qui, pour profiter de ces desordres, et des moments d'impunité,
troublent le repos de l'homme de bien, de l'or du quel ils cherchent à se
rassassier. Mais ces fléaux de la société seront
bientôt rendûs inactives par la vigilance d'une bonne police. Et
alors reviendra la paix et la tranquillité des quels moments profiteront
les Etats pour consolider à jamais par une Constitution forte, et sage
cette paix et cette tranquillité. Quel bonheur alors, si la nation
dévient libre; si elle sera couronnée à la fin de quelques
heures d'inquietude et de terreur du plus beau don de la nature, dont la force
nous a privé! Quel nouveau spectacle enchanteur, si, après que
l'ordre sera consolidé, le royeaume peut renaitre, s'aggrandir par ses
propres forces, des quels elle osera alors faire usage: et peut hors de tout
empechement arbitraire, employer ses facultés pour son bien ètre,
le quel dans l'agregat doit faire une grande somme du bonheur publique! Je vois
arriver immancablement cette époque, car je viens de recevoir la
definition du droit de l'homme de Mr l'abbée
Sieyès, qui doit faire la base de la legislation et de la
Constitution future. Je t'avoue que j'étois émus à la
lecture de ce chef d'oeuvre. Avec une precision, clarté et justesse cet
homme vraiment sage et éclairé a su traiter cette matiere, que je
ne me rappelle pas d'avoit lu de son egale. Toutes les parties essentielles y
sont marquées, et la metaphysique de la chose, avec toutes les
distinctions propres, est rendue populaire, et à la capacité d'un
chacun. C'est un vrai pendant de l'ouvrage de Filangieri. Il ne faut plus
rien dans ce moment que de faire avec le même esprit que la pratique
reponde à cette theorie superbe, humaine, et vraie.
Mais aussi
sattisfaisants que sont les aspects de ce côté là, aussi
tristes les sont-ils par rapport de Mr Besenwald et de nos Gardes
Suisses. Tu peux bien t'imaginer que tout Soleure est extrèmement
desolé de l'emprisonnement de Besenwald. La Suisse d'abord doit se
resentir de sa consternation parce que avanthier les Soleuriens ont
envoyés un courier dans chaque Canton avec une priere touchante, que nous
devrions nous reunir avec eux pour ecrire à Versailles. Je ne sais pas de
quel oeil l'on a regardé ce pas singulier dans les autres Cantons, mais
le notre a été fort embarassé pour les mesures qu'il avoit
à prendre, craignant d'offenser Soleure, si on lui refusoit ce service,
mais craignant aussi de l'autre côté de suivre dans notre lettre
des principes ou motives qui pourroient etre contraires à ceux des autres
louables Cantons. Nous avons donc bien senti la foiblesse de notre Constitution
publique, qui ne fait qu'un corps démembré, et qui par consequent
dans tous les cas pressant ne produit qu'une bigarrure diversifiée, la
quelle ne peut jamais produire de l'effet. Notre Canton après bien des
reflexions, et pesant les conveniences et disconveniences de cette matiere,
s'est decidé de s'adresser au roi, à Messieurs Necker
et Montmorin. Mais les termes sont en generals et prouvent entierement que nous
ignorons même jusqu'au crime, pour le quel il doit ètre
accusé, de façon que je crois que nous avons par ces lettres
plutôt satisfait le Canton de Soleure, que nous osons nous promettre
quelque effet pour Mr Besenwald, au quel il n'arrivera surement rien
de facheux aussi long tems que les Etats généraux peuvent le
sauver de la fureur du peuple, parce que je crois qu'ils l'ont fait arreter pour
l'absoudre, et pour faire voir aux electeurs leur tort, s'etant arrogés
le pouvoir de condamner ou de faire grace quel pouvoir ne peut appartenir dans
ce moment qu'à l'Assemblée nationale.
Touchant votre
régiment, les nouvelles que nous recevons sont fort desolantes, et je
suis faché que les fils suisse, et les etrangers, au quel on impute cette
indiscipline, ces menaces, et ces excès détéstables,
fletrissent l'honneur de notre païs. On les appelle indistinctement Suisse,
et cela cause que nos gens, qui sont éprouvés et fidels, sont
confondus avec eux, et seront obligés d'ètre marqué avec
l'ignominie qui ne devroit retomber que sur ces infames qui ne conoissent pas
l'honneur national. Si le nouveaux enrollement qui aura dû se faire le 7
passé n'a pas produit un meilleure effet je prevois que vous serez
dissous, comme la garde françoise l'est actuellement. Cela seroit bien
deshonorant pour nous et pour les officiers, pour les quels il seroit encore
facheux de demander leur dimission après ètre le seul beau rest de
4 bataillons. Qui de vous pourroit soutenir le huët publique, les remarques
dans les papiers du jour, et la proscription dans les annales pour les siecles
futurs, si ce malheureux sort vous frappoit? C'est donc de votre interet
general, dans le quel est aussi enveloppé le notre, que vous devez
employer de concert tous les moyens possibles pour engager au moins que nos gens
du pays ne quittent pas les drapeaux; afin que l'on pourroit demontrer par des
faites incontestables, que l'opprobre ne peut pas tomber sur nous, dont merit
ètre marqué celui qui sous le nom suisse a pu se glisser dans nos
corps. La douceur peut beaucoup, comme tu en a éprouvé; et contre
l'avarice indigne des capitaines vous devrez agir fortement. En ayant
réussi jusqu'à ce point attendez alors votre sort, et soyez
persuadés que le renvoy de votre régiment ne sera ignominieux,
surtout comme le peuple n'a aucun rancun contre vous, parceque votre corps a
toujours été brave, suivant son devoir, et a menagé de
l'autre coté le sang des citoyens respectables. Si donc la nation vous
congedie, elle n'y est forcé que par des vûes politiques, et aura
pour cette raison de l'égard envers vous et de la compassion pour ces
bons gens, qui faute d'étât manqueront de pain. Mais ni l'un ni
l'autre n'arrivera si vous vous desmembrez et disparessez jusqu'aux traces de
votre existance. On a voulu m'assurer que les compagnies suisses de garde
à Versailles avoient quitté leur poste et leur roi. Mais je
ne peux pas croire que nos gens ont été capable à une
action si infame, et je m'imagine que l'on aura confondu seulement les noms de
la Garde françoise avec la notre. Mais quoiqu'il en soit je suis bien
charmé qu'il y a encore des officiers suisses qui se font de l'honneur,
et que des ceux là soit mon frere. Non seulement est tu parvenu à
empecher par ta douceur et sage[sse] la desertion de ton detachement, mais aussi
a tu commis commis [!] des actions de bravour et d'humanité. Ta derniere
surtout a un grand merit dans mes yeux, et est digne d'une couronne civique.
Mr Bailly, et les electeurs en ont senti le prix: ils t'ont
comblé des louanges et des honneurs, et ton régiment doit se
rejouir qu'il possede des officiers qui ont une conduite de la quelle il resulte
que l'on parle bien du corps, au quel appartient cet individu. Mais si aussi
le repas ne se tenoit pas, si aussi la croix n'etoit pas demandée,
ou refusée: et si aussi cette action, comme cela arrive très
souvent, venoit ètre oubliée jusqu'au point, qu'elle ne
vous apporteroit aucun avantage, tu pourrois toujours etre satisfait en toi
même, parceque tu a rempli les devoirs de ton étât en
militaire et homme: Et ce sentiment interne doit te rendre heureux plus que
quand tu sera distingué pour cela devant le publique - un hors d'oeuvre,
qui n'est pas l'essentiel pour une ame, qui sait s'élever par
dessûs la façon de penser du commun, et qui n'est pas si vain que
de chercher sa gloire et sa satisfaction dans les choses qui ne sont que de la
fumée.
Je viens d'apprendre dans ce moment, que Besenwald aït
subi le sort de Foulon. Cette nouvelle vient par Berne, mais je la regarde
comme un di-t-on. Nos lettres, plus que j'envisage la chose, sont en
tout sens inutilles, et peuvent plustôt faire du tort à la nation,
que du bien à Besenwald - Je ne peux plus continuer. La poste va partir.
Adieu. Conserve toi toujours bien. Tes parents te saluent tendrement, et te
marquent leur part qu'ils prenoient aux nouvelles de ta derniere lettre. Ils en
ont été très rejouis. Nous te recommendons tous à
Dieu. Continue toujours à m'ecrire, car quoique je pars pour
l'Italie tes lettres m'y seront envoyées, après que mon pere
le aura lûes auparevent.
Vale et ama
ton frère Meyer de Schauensée.
Je t'adresse cette lettre à la Halle, de crainte que la caserme
à Courvevoie soit brulée. Si elle te trouvera je l'ignore, mais
j'espere que oui. Crauer le medecin est dans ce moment venu me voir. Il
est de retour depuis quelques jours. J'espere que nous pouvons le placer ici en
qualité de professeur de la Physique experimental. Il te salue. Vale
valeto.
[sans adresse]
890812.FB-M.(AN:T1534/279)(12.8.93).(CO.1)