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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890805 FRANZ BERNHARD A MAURUS
[Lucerne, 5 août l789]
Je suis bien aise, mon cher frere, de te savoir encore à ton poste,
qui me paroit bien favourable pour toi, et je te conseil de ne le quitter qu'au
moment, où tu en sera forcé, parceque tu ne sera pas exempt du
service quand tu sera rélevé, et de cette façon tu serois
envoyé à un autre post, que tu ne connoitra pas si bien comme
celui: ton monde appresent t'est fidel et a de la confiance en toi, mais ceux
là ne te suiveroient pas toujours, de façon que des autres qui
monteroient la garde avec toi, ne te connoitroient pas, et ne seront pas
connûs de toi, au quel changement tu risquerois d'ètre
ménacé encore une fois d'un debandage, ce qui te forceroit
à recommencer à employer tous les moyens pour prevenir le
desordre. Une chose qui dans ce moment me paroit ètre plus dificil qu'il
ne fut une quinzaine des jours auparavant: parceque le Roi paroit
approuver la desertion de troupes étrangers, car dans sa lettre au
marquis de La Fayette, si j'en suis bien informé, il lui permet
d'accepter les deserteurs, et promet qu'ils seront payés de ses deniers.
Cela doit augmenter la desertion considerablement dans nos troupes, parce que
nos gens seront mieux païés et mieux nourries pour le moment dans la
milice, qu'ils ne sont dans nos régiments: et de cela il paroit aussi que
le Roi veut cette desertion, d'où nous pouvons conclure, que l'on est
déja d'accord pour le renvoye des troupes étrangers. Si on vouloit
les conserver, il ne seroit pas sage de vouloir affoiblire un corps, qui a
besoin de force, si l'on se propose de s'en servir, au contraire un arret auroit
dû ètre publié, qui ordonnéroit aux deserteurs de
retourner à leur drapeaux, au quel cas l'amnestie leur seroit promis.
Comme appresent un pareil arret n'existe pas il est clair que l'on veut la
desertion, et empecher le retour du soldat à son drapeau, et
indirectement le forcer à prendre service dans la milice. On veut la
desertion par un meilleur traitement qui leur est proposé. On veut
empecher le retour du deserteur, parceque n'étant pas assuré de
l'amnestie il a une punition à craindre, tout aussi-tôt qu'il
joigne son drapeau, et on veut le forcer à entrer dans la milice, parce
que le deserteur qui manque d'argent et de vivre voit dévant soi une vue
ouverte, qui lui assure l'un et l'autre. Il l'embrassera donc à bras
ouvert et repondera de cette façon aux dessins des Etats
généraux, qui, quoique ils ont conlus le renvoye de troupes
etrangers, voudroient pourtant conserver le soldat. Et cette politique est
très fine, parceque le soldat étranger vaut mieux que le
françois. 2do ce soldat est déja exercé: l'on
peut donc se servir de lui, surtout dans un moment urgent, dans le quel on peut
l'employer contre une populace effrenée, la quelle il est necessaire de
dompter. 3. autant des etrangers qui entrent dans la milice, autant de bourgeois
peuvent retourner à leur ouvrage, ce qui sera à son avantage, et
par consequence à celui de l'étât. 4. la liberté n'a
plus rien à craindre de l'étranger aussi-tôt qu'il est
entremelé avec les nationeaux, et commendé par un chef de la
nation. Voila les raisons qui me decident, à presumer, que le tout ne
tend qu'à se rendre maitre de notre soldat, et puis de renvoyer les
restes de nos troupes qui ont été fideles. - Comme il seroit trop
long de t'exposer mon raisonnement sur ce renvoye, - s'il soit juste ou non, et
de quel[le] façon la Suisse pourroit en tirer un avantage decisive, si
elle n'étoit pas tombée dans une someil plus que lethargique pour
toute la politique, - je me tais sur cet objet, et je te conseil toujours
d'entretenir tes amis du tiers état, qui pourront peut-ètre
t'ouvrir une carriere, après que vous serez congediés, qui te
seroit plus profitable et plus honorable, que de planter de choux avec moi
à ton rétour, au quel tu sera forcé, si tu n'a d'autre
vûe. Mais j'ai toute la resignation dans la providence de Dieu, et
j'espere en lui, que, pour ton character doux, pour ta sage conduite, que tu a
toujours observé pendant ces moments, qui ont été
extrème[me]nt delicats pour nos troupes: et pour l'amour publique, que tu
a obtenû par tes bonnes qualités et ton humanité, il te sera
ouvert quelque porte, qui reponderoit à ton merit. J'ecris pour cela
à Haas, qui a parlé plusieurs fois à Necker, pendant que
celui a été à Bâle, et j'espere qu'il repondera
à mes prieres, qui tendent qu'il t'aide que tu puisse faire la
connoissance de ce grand homme, le quel pourra te rendre des services non
oequivoques. - Mais je te prie aussi de me repondre sur cette question. En cas
que nos régiments pourroient rester dans l'état actuel, n'aurois
tu pas quelque esperance que ta conduite pourroit t'assurer des avantages et
d'une poste plus profitables, que le commandement de la compagnie de
Göldlin qui tu a en vûe? Celui ne disa pas encore un mot à mon
pere du sort du jeune Göldlin, ainsi que sa bonne volonté pour toi
ne me paroit pas d'etre tout-à-fait decisive. Voyons que je te dise
encore quelques mots sur ta derniere lettre du 26 juillet.
Ton
raisonement sur l'étât actuel de la France est très juste.
Cêrte, c'est dans ce moment la chose la plus pressente de tranquilliser
les têtes echauffées, de redonner la paix à la France, et de
dompter les éxcès furieux de la populace. Car si on ne pouvoit pas
parvenir à remedier à tant de maux, une anarchie terrible devroit
en ètre la suite funeste, qui finiroit par aneantir toutes les
esperances, qui étoient fondées sur la victoire, emportée
sur le despotisme. Mais si on observe, que la cour a voulu ce desordre, qu'elle
a voulu échauffer toute la France, qu'elle a meprisée les
predictions qui lui ont été faites le 10 de juillet par l'adresse
superbe de Mirabeau dont tu m'a donné un extrait, mais la quelle j'ai
obtenue en après en entiere; si on observe, qu'elle a voulu, par un act
detestable, se reproprier le despotisme, il ne faut pas s'etonner de tout
ce qui est passé. Par contre il faut s'étonner de la moderation,
qui regnent encore au milleu de la furie. Le peuple en verité n'a
exercé leur force que contre les nobles, qui fiers sur leur privileges de
pouvoir ecorger tous ceux qui ne sont pas datés de 100 ans, qui pretoient
la main au despotisme, et à de complots infames, et qui d'une hauteur
insupportable ne se croient pas heureux que par les malheurs d'une 20ne
de millions des hommes. La Bretagne et la Provence et le Dauphiné
jouissoient d'une paix et d'une tranquillité parfaite, tandis que des
autres provinces ont été dechirés par des emeutes
terribles. Mais ce n'est que la sagesse admirable de la noblesse qui les a
garanties de ces desastres: car ils se sont dépouillés de leur
grandeur, ils montoient la garde avec le plus simple citoyen, éloignoient
tout ombrage que leur état a pu causer, et ne s'interessoient que pour le
bien publique. Ceux du Franche-Comté, qui sont de plus
détesté [?], parcequ'ils sont durs seigneurs feodeaux, dans
quel cas sont aussi les couvents de cette province: et ceux de l'Alsace, n'ont
pas observé cette conduite. Et c'est donc très naturel que leur
maison ont été pillées, et qu'ils ont eu à craindre
pour leur vie. Excusons de même ce qui est arrivé à Paris:
car jusqu'appresent il n'y a que des hommes qui ont merités l'execrations
publiques, et des punitions eclatantes, qui furent les sacrifices d'un peuple
proscrit d'eux. Il est vrai que la forme ne fut pas observé, et que l'on
avoit tort de les expedier si vite sur tout comme par les interrogatoires on
auroit pu parvenir à la decouverte de la faction de la reine, et des
complices d'un crime affreux, moyenant le quel Paris auroit pu justifier
amplement tou[te]s ces demarches par des pieces authentiques: et il auroit
été plus sûr qu'il ne livre pas un innocent au supplice, qui
ne doit etre ordonné que contre les coupables. Mais par contre ta
remarque est très juste que cette effusion de sangue peut rendre le
peuple cruel, et exposer les honets gens à un traitement terrible, et
ouvrir la porte aux vengences particulieres, comme il est arrivé dans le
tems malheureux de la proscription à Rome sous les Silla et Marius, les
Octave et Antoine. Il est donc necessaire que l'on se hate à remettre
l'ordre: et j'espere que l'on y parviendra. L'Alsace et le Franche-Comté
par les mesures prises par les bourgeois commencent à se tranquilliser,
et Necker avec son arrivé à Paris activera de faire revenir la
paix dans tout le royaume. Son credit publique est déja grand, et si les
colporteurs à Paris n'ont pas pu parvenir à le fletrir, ou
à secouer la confidance du peuple, et à le rendre suspect par leur
cris, qu'il avoit eu une entrevue avec les Polignac à Bâle, il
gagnera encore plus de credit par les fêtes qu'on lui a preparé
pour son arrivé: car le peuple ne juge que des dehors, et honore
respectueusement ceux qui sont distingués par les acclamations et des
honneurs brillants. Son influence donc sera decisive, et un mot de lui sera un
mot de commandement qui sera executé d'abord. Mais si nous considerons sa
situation, elle est extrèmement delicats, et assujettie à bien des
desagrement. Parceque je ne crois pas que son systeme fut à aller si
loin, que l'on tentera dans l'Assemblée nationale de proceder apresent,
comme elle a tout le pouvoir en sa main. S'il se refuse à elargir de
même son systeme, il risque d'ètre abandonné par ceux qui
l'ont revoqués les armes en main. Et s'il de l'autre côté
cede au projet d'une Constitution nouvelle, par laquelle le pouvoir absolû
du Roi souffrira, il seroit compromis de ce coté, ayant assuré le
roi, que de la convocation des Etats son pouvoir ne souffrira rien. Mais je suis
persuadé que cet homme ne manquera pas de jugement pour prendre [le]
partie le plus raisonable: et comme il veut du bien à la nation, et
co[mme] le roi a intrecoupé le cours de l'affaire par sa trop grande
bonhomie et croyance aveugle, de façon que heureusement il est parvenu
à ètre obligé de ceder lui même au desir de la
nation, je crois que, sans avoir de l'egard pour la personalité du Roi,
il employera toutes ses forces à donner à la France une
Constitution bien balancée /: pour qu'elle soit bien balancé les
nobles et le clergés ne doivent pas ètre oubliés :/, qui
aura de la stabilité, et qui assureroit une liberté anglicane, et
avec la liberté l'agrandissement au royaume. Je souhaite tout le
succès possible aux Etats généraux et à Necker, et
je prenderai avec une joie illimit[é]e part à cette heureuse
révolution. Que Dieu donc benisse leur travaux, et qu'il illumine les
esprits des réprésentants, pour qu'ils s'occupent sans rancune,
sans passion du bien ètre de l'état. Mais n'avons nous pas
à craindre, qu'une nouvelle dissension, qu'une nouvelle division
dechiréra derechef le royaume? Car je vois encore de têtes bien
echauffées, et je vois que la passion contre les nobles et le
clergé se mele par tout, et si se constate que le cardinal de
Rohan est créé president du clergé, j'ai des
frayeurs que même l'on s'étend à des personalités, et
que l'on [en] veuille à la Reine: objet du quel on ne dévroit pas
s'entretenir appresent, parcequ'il ne faut pas chercher à decouvrir de
nouveaux scandals, ce que ne fait que rééchauffer les têtes
et aigrire les partis implacablement. L'on ne devroit que s'occuper seulement de
la nation, et lui donner une Constitution moyenant la quelle le roy, et la cour
auront tout pouvoir à faire du bien, mais aucun pour faire du mal. Et
alors la nation sera heureuse et grande. - Je parle peutetre dans toutes mes
lettres, comme l'aveugle de la couleur. Ne t'en etonne pas, car je suis trop
éloigné pour connoitre tous les details, qui sont necessaires
pour entrer dans un juste raisonnement: Et les nouvelles que je reçois ne
me vien[nen]t qu'en gros, entre les quelles peut se glisser le mensonge, de
façon qu'il m'est impossible à avoir un juste point de vûe
pour conferer les faits et les choses ensemble.
Je ne m'etonne pas que
Besenwald, ayant toujours été de la partie de la reine, est
compromis dans l'intrigue de la cour. Nous sommes par rapport à lui assez
au fait, et nous croyons generalement qu'il soit un de proscrits et qu'il se
soit absenté, quoique Mde Besenwald et une autre Dame de
Soleure sont allées à Berne pour faire que le gazettier revoque ce
qu'il a mit dans son papier publique, y disant: que Besenwald avoit servi les
interêts du despotisme, mais que la nation françoise le rendera
responsable pour cela, et en fera justice. Dans la gazette suivante alors nous
avons lû, que Besenwald soit à Paris, et qu'il
s'étoit attiré de louanges generals par son humanité ayant
toujours empeché de verser le sangue des François. Durler, qui
n'est pas de retour de son voyage de Bâle, Berne, et Genève &c
a ecrit à Mr l'avoyer Heidegger, que Besenwald soit
sorti du Royaume, et que lui (Durler) avoit 20 Lucernois deserteurs de sa
compagnie, en priant qu'on vouloit les arreter au pays et les renvoyer au
régiment. Chose qui ne se peut pas faire, et qui ne se fera pas, quoique
l'avoyer Heidegger paroissoit assez, qu'il soutiendroit cette absurdité,
dont nous [n'] avons aucun exemple. Durler a été bien heureux,
qu'il se trouva en semestre; car le sejour de Paris dans ces circomstances
n'auroit pas été favourable pour lui. Dans ces moments on auroit
bien pu se servir de galopins, et je connois Durler pour assez ecervelé
pour se jetter jusqu'au cols en tout ce, dont il peut esperer quelque profit
personelle. Mais alors il lui auroit pu arriver en réalité [ce]
dont votre major Bachmann et Tillier ont été
menacés; car chéz nous le bruit court que tous les deux avoient
été menés par la populace sur la Place de Greve pour y
ètre pendus, et que Bailly avoit sauvé le premier, et une croix de
Saint-Louis le second de ce terrible desastre.
A Bâle on croit toujours
encore que le comte d'Artois s'y trouve. Au moins a-t-on vu là ses gens.
Cette ville a été obligée de prendre les armes contre les
Alsaciens, qui sont venû l'insulter, et l'ont menacés d'y mettre le
feu si elle ne rendera pas les François qui s'y sont refugiés.
Cette ville, Huninguen, et l'eveché de Bâle font le service
ensemble, se communiquent la parole, et se livrent les prisoniers. Ce qui a
déja fait un très bon effet; car la populace commence à se
dissiper.
Si tu peux, fais dire à Pfyffer de Carli Battisten que ses
parents soient fort inquiètes par rapport à lui, et qu'il
devroit leur ecrire. Hertenstein te salue. Conserve toi toujours bien, et ne
manque pas à m'écrire. Mande moi aussi, si tu a reçu mes
lettres antecedentes, ou non? Sous la garde divine te recommande toujours
ton frere Meyer de Schauensée
Lucerne 5 août 1789
PS. Je te fais part d'un bon mot, que Durler
doit avoir ecrit à l'avoyer Heidegger: qu'il croioit que les troupes
suisses seront renvoyées, pour quelle chose il pla[i]gnoit beaucoup de
ses camerades: Mais qu'il ne soit pas embarassé pour lui, car Dieu
merci il avoit assez à vivre sans le service. Risum
teneatis.
Le général Pfyffer, au quel j'ai toujours
communiqué tes lettres, veut ecrire pour toi, pour que tu ne sois pas
oublié. Tes parents et toute notre maison te salue[nt].Vale
valeto.
A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée, offi- /
cier aux Gardes Suisses / à / Courbevoie près / Paris. / Par
Bâle.
890805.FB-M.(AN:T1534/291)(11.8.93).(CO.1)