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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890729 LE PERE A MAURUS
Lucerne le 29 juillet 1789
Mon cher fils!
Vous jugerez aisement, combien de plaisir et même de
consolation vos lettres successives du 24 juin dernier et 19 de
l'expirant, comme aussi les nouvelles addressées à votre
frere, nous ayent dû procurer à moi et à toutte la
maison, considerant la peine que nous avions pour vous dans la situation
épouvantable où nous vous vîmes exposé journellement
au caprice éffrêné d'une nation oûtragée,
enragée, et pour le moment ennemie de leur souverain, de la noblesse, et
de tout ce qu'elle regardoit leur soûtien; où l'on devoit fremir
à chaque rencontre d'être la malheureuse proye et le sacrifice de
la brutalité d'une canaglie en rage, en dépit de toutte bravoure
la plus hardie. D'autant plus satisfait de votre conduite sage, bien refflechie,
molinée et prévoyante qu'avez observé dans les expeditions
scabreuses qu'on vous avoit confié. Ce qu'entre autre m'a ravis,
c'étoit l'ostentation et la satisfaction plausible que le district de
Saint-Eustache vouloit bien vous faire témoigner aussi solemnellement par
ses deputés: et comme nos desirs sont insatiables, j'aurois
soûhaité que cet exemple honorifique eût attiré
d'autres districts de la ville de vous faire la pareille, pour vous en rendre
mémorable, et de vous frayer par là un sentier à vos
progrès. Estravagance de ma plume trop volubile! Car, tout de bon, je ne
me fie guerre à l'amitié du peuple: Tacite me souffle:
Vulgus amicitias utilitate probat, et ailleurs:
Beneficia, quae gratis reddi non possunt odio compensantur; ergo
payons nous nous même de la satisfaction propre, qui rapelle à
notre ame nos bonnes actions; puis moquons nous de l'ingrate
indifference.
Pendant vos exercises de fatique soignez bien votre
santé, et en cas vos finances voulussent aller approchant de pair
à celle de votre bon Roy ayez en recours à Mr. le
colonel Schwytzer, notre bon patron - Priez l'en de ma part, avec la
discretion que je vous connois; et du tout j'en serai obligemant
garant.
La dispensation refusée sans retour ne m'a point
sûrpris; toûjours j'en doutois. Celui que Mr. le colonel
m'a fait cy devant à votre égard, joint à la reponse
laconique qu'il vous a fait au même sujet, me rend maintenant un peu
circonspect pour ne pas risquer un second refus; j'aurois déja
soûhaité qu'il m'eût épargné le premier par une
prévenance oblique, puisque il a déja decidé la place pour
un autre, avant que je me fûsse presenté en votre faveur.
D'ailleurs les circonstances ont bien changées de face; maintenant c'est
un énigme parmy nous, si nos trouppes subsisteront encore après
le débr[o]uillement des affaires du Royaume; le pis arrivant seroit-ce
bien glorieux de reconduire une compagnie êtrangere par comission chez
lui. Posons par contre le meilleur; il est à savoir, si Mr. le
collateur nourrit vraiment quelque bonne volonté pour vous, pour notre
maison: si par bonne raison de ses propres interêts, il fasse encore une
confidente refflexion pour vous? Dans ce cahos d'idées je juge maintenant
et pour le moment mieux de tarder un peu, et de sonder plutôt mon
héraut, toûjours en veillant pour vous, que d'y tapper mal à
propos, en ténant la sciance du memoire échoué
cachée, par la raison de n'être pas soubsonné d'en avoir
été le fauteur. Jusqu'icy il ne m'a fait semblant de rien, quoique
j'en suis sûr qu'il saurât le réfus: et pourvu qu'il
refflechisse pour nous, il ne doit manquer de nous en donner quelque marque ou
par lui-même ou par ses parents, pour nous sugerer quelque confiance
rassurée. Ainsi je serai sur l'attante de cecy, comme du sort future de
nos interets générals en France.
En attendant portez vous bien,
conservez votre santé, que toute la maison vous soûhaite de vive
voix, en vous saluant généralement: et moi je prie le ciel
qu'il vous aye en sa sainte garde, pour son honneur, et pour votre propre
consolation.
R. Meyer de Schauensée
P.S. D'icy nous ne pensons à des nouvelles, que les
étrangeres suppriment à fond. Durler paroit inconsolable supra
furorem populi, et votre capitaine fait le misteri[e]ux, come s'il
n'avoit pas de correspondent en France. Oh, quel[le] autre tournure auroient
pris les choses en France! pense le premier, si lui et son Roy s'eûssent
pû consulter en compagnie de Mr. Besenwald et Madame... -
Enfin c'est decidé: Necker est un fripon du premier ordre. Ô
insania! Et moi j'espere qu'il sera notre Messie, sans quoi je le ferai
passer p[o]ur l'Antichrist.
[sans adresse]
890729.PE-M.(AN:T1534/262)(8.8.93).(CO.1)