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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890722 SCHUMACHER A MAURUS
Lucerne le 22 juillet 1789
Mon cher Ami!
Les deux lettres que tu a eu la bonté de
m'adresser l'une sous la date du dix et l'autre du vingt du mois passé
m'ont causé le plus vive plaisir. Sur la premiere tu auras deja lu la
reponse avant que j'aïe reçu ta chère lettre. Il ne me reste
plus à repondre, qu'à ta derniere, dans la quelle tu me fais la
reponse à la lettre fatale, que j'ai êté obligé de
t'envoyer. Je suis fort aise d'y decouvrir, que tu aïe reçu la
desagreable nouvelle avec tant de moderation et de pacience. Il faut que je
t'avoue, que pour ma part j'en aïe senti le plus vif chagrin. En cas que la
nomination de Mr Göldlin ne soit pas approuvé de la Cour, je te
promets, que je ferai pour la seconde fois tout mon possible en ta faveur
auprès de Mr Göldlin le lieutenant colonel, surtout après
avoir appris de toi, que Mr ton chèr Pere ne hazarderoit plus un second
pas inutile. Le seconde commandement dont je t'ai fait mention dernierement, ai
êté defferé à Mr Dula sous lieutenant au
régiment de Sonnenberg, qui est le frere de Mde la Secretaire
d'êtat. Je ne saurois laisser echaper cette occasion sans faire une
reflexion. Selon la capitulation aucun sujet n'est en droit d'aquerir une
compagnie. Celui ci si même il etois bourgeois ne conteroit pas encore
assez d'année de service. Je pourrois repetter O tempora O
Mores! A quoi sert dans nos jours le droit, et tous les titres de
justice de merite et d'honnetteté? Il faut de la protection, on a besoin
de certaines liaisons, et quelque fois on est même obligé d'oublier
les devoirs d'un vrais honnette homme pour arriver à son bût le
plus juste même de nature. Il n'est pas seulement à la Cour et dans
le militaire que ces maximes soient d'usage. Nous en voyons tous les jours des
exemples dans notre petit Etat. Nous voyons couronner le vice tandis
qu'on meprise, et qu'on supprime la vertu. Mais qu'importe. Il viendra surement
un jour, où la vertu ira en triomphe et qu'elle trainera le vice
orgueilleux attaché à son char. De mon vivant j'ai deja vu
plusieurs fois de gens tomber de leur grandeur, et les languir actuellement dans
la misere. Je suis guere plus heureux que toi dans mes enterprises, ou peut
être encore plus malheureux. Mais que veux-je me plaindre à mon
ami, qui voit s'evanouir tous ces doux projects qui ont accablé lui
même d'un sort sinistre. Je te plains chèr ami et c'est tout ce que
je puis faire pour toi. Je suis en peine pour ta vie: jours et nuits il se
presentent devant mes yeux les perils que tu cours dans les revolutions d'une
guerre civile. Mais quand tu te comporte en brave et vaillant qu'elle esperence
se presente à tes yeux? Du moins si les hommes sont injustes, tu
goutteras sans remords et sans repoches le plaisir, d'avoir fait ton
devoir.
Courage chèr ami. Chaqueun a son fardau à porter nous
sommes faits pour souffrir je ne le sens que trop, c'est ainsi que la div[i]ne
providence l'ordonne; il faut la adorer. Nous n'a-t-elle pas fait un grand
bénéfice en nous liant ensemble de la plus parfaite amitié.
Consolons nous l'un l'autre dans nos jours de tristesse, affin que nous
meritions la benediction du ciel, qui nous menera ensemble dans un port de
delices peut être plutot que nous le croyons. C'est ainsi que je me
console moi même quand le desespoir se saisit presque de mon ame. Adieu
chèr ami. Il faut que je finisse pour ne pas [t'a]ccabler de plaintes de
mon sort cruelle. Adieu peut être à jamais. Si le temps et les
fatigues te le permettent ecris moi bientot. Avec impacience j'attens de tes
chères nouvelles. Si tu peut sans t'exposer au peril, mande moi la cause
et les progrès de la grande révolution. Je t'embrasse de coeur et
d'ame en t'assurant que je ne cesserai jamais d'etre
ton plus fidel et le
plus
attaché ami jusque
au tombau.
[sans signature]
A / Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée / Officier au
Régiment des Gardes Suisses en Casserne / A / Courbevoie / près
Paris / fra[nc]o / par Bâle
890722.SCH-M.(AN:T1534/261)(8.8.93).(CO.1)