sgg_logo   Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee
890624
FRANZ BERNHARD A MAURUS

[Lucerne, 24 juin 1789]

Mon cher frere!
Je m'empresse de te repondre sur tes deux lettres, la premiere datée Courbevoie 26 mai, la quelle m'a été remise par Mr Haas à Aarau; et la seconde datée Versailles 10 juin. Touchant la premiere, je te remercis pour les nouvelles que tu m'a donné, mais des quelles la plus part etoient déja parvenues à nous.
Pour ce que regarde la seconde je suis faché d'etre obligé de te dire, que tu nourris de fausses esperances pour le commendement de la compagnie de Göldlin. La lettre de mon Pere, et peut-ètre une reponse de Mr Göldlin même vous auront déja detrompées dans ce moment. L'on t'a fait des avances, l'on t'a amusé avec de bonnes paroles, l'on t'a fait naitre des esperances, et à la fin du compte l'on t'a renvoyé avec un refus. C'est mon sort que tu partage. Cherche à t'y rendre, ce qui te sera plus aisé qu'à moi: car tu as un étât, qui tout calculé exactement, peut te donner la besogne, et ne differe pas beaucoup du revenue d'un commendement. Mais le mien est et sera toujours malheureux n'ayant pour le moment pas le moindre perspective que je sortirai de mon rien, et que je trouverai de quoi à pouvoir m'entretenir un jour. Mais patience. Et ne voulons pas pour cela du mal aux hommes; si tel est notre destin il sera bien fait de nous, de nous accoutumer que nous puissions le supporter. Voilà la phylosophie à la quelle il faut tacher de parvenir. Et si nous voulons de la consolation, je ne sais jamais m'en donner d'autre que celle, que cela soit decreté ainsi par l'Etre supreme, qui nous aime et qui veut notre bien guidant le tout sagement par une providence bienfaisante. Si aussi nous n'en avions d'autre profit, cela seroit toujours celui de parvenir par nos desastres de connoitre les hommes et nous mêmes. Mais je le repete gardons nous bien de devenir pour cela hypocondre, bourrus et misantrops; et gardons nous bien de leur vouloir du mal pour le mal qu'ils nous ont faits, et qu'ils nous ferons encore.
Mais en voila assez.
Je veux essayer appresent de contenter ta curiosité touchant notre Societé militaire, qui jamais n'a encore été si nombreuse comme cette fois. Les 3 jours de demeure que nous avons faits à Aarau, ont passés bien agreablement, notre tems ayant été partagé entre des occupations serieuses, entre l'amitié non factice, et entre les plaisirs, que cette ville nous a fait gouter. Nos affaires ont pris une tournure très favorable, car les Cantons Zurich Berne, Lucerne, Bâle, Fribourg, Soleure et Schaffhouse sont arrivés avec des instructions et de pouvoir de leur Souverains, et de leur Conseils de guerres, pour assister aux traveaux de la Société et de proposer ce qui y sera conclu à ces souverains respectives. Pour accelerer ce perspective avantageux nous avons jugés àpropos d'adresser un memoire à S.E. le bourgremaitre Ott de Zurich, en qualité de President de la Diète à Frauenfeld, en l'y priant qu'il veuille proposer nos buts et dessins aux deputés des autres louables Cantons. Par quel pas nous esperons que la Societé recevra de la plupart de Souverains des louables Cantons une vocation decisive, à pouvoir nous assembler, et travailler pour l'ameilloration du Deffensional de la Suisse. En outre avons nous projetté une tabelle de la solde pour les trouppes du secours de la Suisse. - Pour nos amis qui ont été là, ces ont été presque les mêmes que tu a vû l'année passée. Entre ceux là ont été Haas pere et fils avec la jeune Haas, et son pere Decker de Berlin. J'y ai aussi fait connoissance avec un jeune Trenck, officier d'un régiment de la cavallerie prussien, et nepheu du fameux Trenck, qui viendra me voir à Lucerne en peu. - Et les plaisirs que la ville d'Aarau nous a donnée ont été charmant, de feu d'artifice, le spectacle d'un ecuyer, des concerts, et des bâls nous ont differtis jour et nuit. Dans le bal il [y] avoit bien plus de dames qu'il n'[y] en furent l'année passée. J'y ai vû Mselle Diessbach de Liebegg à la quelle j'ai fait beaucoup de compliments de ta part, et qui marquoit du plaisir de se resouvenir de toi. Mais nous avons été privés de la presence de l'ainée, de la plus belle, la quelle a été à Schinznach pour prendre les bains. En voila une relation bien exact.
Revenons à toi. Je me rejouis de tes connoissancs, que tu a occasion de faire pendant ta garde à Versailles. Cherche de pouvoir monter cette garde tant de fois qu'il te sera possible. Quoique il sera un peut coûteux il faut penser que ce tems ne reviendra plus où tu reverra une epoque dans la quelle la France peut se tirer de la fange, dans la quelle elle tomba par le despotism même, au quel les grands du Royaume flattoient toujours. Et si tu es de la garde, pours[u]ive alors ces assemblées, et tiens toi en un journal exact: car je suis persuadé que les belles choses, qui y seront proferées avec de l'energie, et embrassant avec eloquence les vûes, qui se reposent sur les vrais princips du droit naturel et publique, meritent bien d'etre remarquées et couchées sur le papier pour pouvoir les faire revenir à la memoire quand celle là commence à s'affoiblir. Mais de l'autre côté je suis persuadé de même, que le[s] François laisseront echappés cette belle occasion, pendant la quelle ils pourroient affermir leur Constitution, et soumettre leur Rois despotes à des loix justes: car leur energie, leur eloquence n'est que factice, et ne provient pas du coeur. Ils ne veuillent que paroitre, mais ils ne sont pas touché du sujet. La flatterie s'y mêle, et l'on veut elever le Roy, et detruire la noblesse. Cela cause des altercations, les parties s'echauffent, l'animosité s'y glisse, et l'esprit de partie étouffera bientôt la vûe, pour la quelle l'on s'est rassemblé, et l'on ne s'occupera que de choses fades et nuisible. Et alors qu'en sera-t-il? Il arrivera comme en Bavière, où les moin[e]s se sont assemblés pour faire des reformes dans leur couvents, et ont decretés après une deliberation de plusieurs mois, que l'on dinera pour le future dans les couvents à 11 heures au lieu [qu'] à 10. Ne te meprens pas non plus, que tu crois que d'oser parler fortement et avec franchise, que cela soit un signe de la liberté. Ce ne sont que des cris de la vengence, qui ne proviennent que d'une oppression outragée, des vexations insoutenables, et des jussions arbitraires. Ce ne sont que des sons aigus par les quels la nation marque leur soufferances et l'aneantissement dans le quel elle se trouve. Et dans le quel elle se trouve par ses propres fautes, car ce n'est que là que le despotisme peut s'enraciner, qu'où les moeurs sont gatés, et la religion négligée [?]. Par ces reflexions donc, chose que je ne peux que toucher, je me trouve toujours encore bien d'etre Suisse plutôt que d'etre François, et suis encore fort eloigné de trouver une ressemblence dans cette assemblée qu'avec un parlament d'Angleterre. C'est la lecture d'une seule debate qui vous fera connoitre que c'est tout un autre esprit qui regne dans leur assemblées et que c'est là où regne un esprit public qui a pour base la veritable liberté, cette liberté qui est fondée sur des loix et sur l'observation et execution de ces loix. Pour t'entretenir aussi sur mon projet d'aller dans ce pays je peux te dire en peu de mot, que mon desir pour ce voyage est toujours encore egalement fort, mais mon Pere n'y veut pas bien consentir, parce qu'il craigne que je depenserai plus que le[s] 100 louis que je lui ait demandé en surplûs de mon hypoteque de Feu Frere: et me dit que je devrois me donner la peine de trouve un Anglois avec le quel en lui faisant le mentor je pourrois faire ce voyage, et tirer encore une gage au lieu d'avoir une depense. Je lui pardonnois aisement cette proposition qu'il m'a fait, parce que comme il est oeconome, et comme il croit que c'est le plus essentiel dans ce monde de faire de l'argent, c'etoit tout naturel de m'entretenir avec une speculation, à la quelle ma differente façon de penser ne peut aucunement se soumettre: car je ne peux pas servir, et je ne veux contracter aucune obligation, et recevoir une gage comme un valet de chambre. Quoique je dis que je ne refuserois pas une proposition qui me seroit faite de pouvoir faire ce voyage avec un ami qui par attachement voudroit se charger de moi. Mais fi pour de l'argent. Et de l'autre côté il sera très dificil de trouver quelqu'un qui feroit cela pour moi: de façon que je ne prevois aucune conjonture pour moi, si non de sacrifier une petit somme pour cela de mon propre. Mais tu pourra me rendre quelque service, si en repondant sur la lettre de mon Père, tu lui ecriviés, que pendant ton sejour d'ici tu t'etiés apperçû que j'avois un si grand desir pour ce voyage: et puis lui demander s'il me l'avés permis? Tu pourra alors le lui conseiller, surtout comme j'ai fait la proposition que cela ne doit faire du tort à mes autres freres, en exigeant de lui que cela soit marqué et un jour prit de mon heritage. Tu pourra aussi lui marquer que dans ce moment je pourrois faire ce voyage sans que je neglige rien, au lieu que dans un autre tems ou une charge, ou des vûes pour une charge &c &c pourroit m'en empecher. Tu pourra aussi l'entretenir sur l'utilité de ce voyage &c &c. Et je crois que cela fera quelque effet sur lui, car il aime quelques fois à consentir, s'il voit que plusieurs sont du même sentiment.
Si tu n'a pas encore fait connoissance avec Necker, et si tu aimerés à la faire c'est notre ami Haas qui pourra te la procurer. Il est dans ce moment en correspondance avec Mde Necker pour les ouvrages de Necker, dont il fait une edition superbe, avec tout le luxe typografique: Ecris moi là dessûs et je te donnerai des enseignements du comment? dans la lettre prochaine.
Mon Pere te salue. Il est curieux de savoir ce que Göldlin t'aura repondu sur ta lettre. Envoye lui la copie de cette lettre. Il nomma le fils du maréchal Göldlin. Et le maréchal Sonnenberg nommera Dula de Wilisau, par l'intercession de l'avoyer Heidegger. C'est autant que l'on m'a assuré de façon que mon Pere n'a pas voulû perdre un pas à cet endroit pour recevoir un second refus. Dis à Boecking que j'avois soigné son affaire et que je fairai, s'il le trouvera bon, pours[u]ivre le pere de Bueler juridiquement; c'est la seule resource qu'il pourra prendre, si celui ne veut pas païer ce[s] 200 livres. J'attend tous les jours la reponse du Bueler le pere pour cette affaire.
Vale et ama.

Ton frere Meyer de Sch.

Lucerne 24 juin 89

Je n'ai reçu ta lettre du 10 juin qu'au 23. D'où cela vient-il?

[sans adresse]

890624.FB-M.(AN:T1534/273)(5.8.93).(CO.1)