sgg_logo   Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee
891229?-31
MAURUS A FRANZ BERNHARD

[29? - 31 décembre 1789]
[29?] Xbre 789.

Le denouement de la piece n'a pas laissé, à être drôle. Je me suis rendu le soir dans cette maison, où j'ai trouvé le même personnage travesti en femme. Lui temoigner l'interêt le plus vif, que je prenois à elle, faire des excuses sur la fatalité, qui nous a fait manquer le rendevous, lui prodiguer même les plus petits soins, enfin pour paroitre follment amoureux d'elle, rien ne fut negligé de ma part, et tout le monde donna dans le panneau. En consequence il me fut donné un second rendevous à 10 heure la maison même. Avant que de partir je lui glissai un billet dans sa main, où j'exprimai à ma pretendue, combien j'avois de chagrin, qu'elle ne soit pas femme, ou que je sois homme. Ce billet lu après notre départ, a decouvert aux dames, que je savois le mistère. Neannoins je [ne] fis semblant de rien parmi mes camarades. L'heure du berger étant venue, je suis allé, pour me trouver au rendevous, essuyant auparavant en chemin les éclats de rire de mes camarades, qui etoient prevenus du rendevous. En arrivant dans la maison, j'ai trouvé déja un vieux wauwau, qui voulut être spectateur du denouemant de la piece et qui, en lisant mon billet, en fut fort sot. Les autres, étant arrivés tout gai, tout joyeux, mais apprenant ensuite ce, qui se passa, et que ces sont eux, qui ont été joué, ont été furieux de ce, que leur coup leurs manqua. On prepare actuellment la même piece à un autre nouvellment debarqué dans ce pays c'y: et il est plus que probable, qu'il donnera dedans.

le 30 Xbre

Rien de remarquable [ne] se passa pendant cette journée. Je me suis plu à relire mes extraits des Antiquités de Winckelmann. Le soir je me suis proposé d'aller voir la comtesse de Marliani à Neuilly. Comme la soirée étoit avancée, j'ai changé de resolution et j'ai passé mon temps avec Madame Boecking avec laquelle j'ai joué au trictrac jusqu'à 9 heure. J'y ai rencontré un de mes camarades revenant de Paris, qui m'a donné l'assurance, que veritablement il exista un complot de faire assasiner Bailly, Fayette, l'archeveque de Bordeaux, s'emparer du sceau de l'état, et d'emmener le roy à Péronne. Les principaux auteurs, le marquis de Favras ainsi que sa femme une princesse d'Anhalt Zerbst et d'autres de la plus grande qualité sont arrêtés. Le roy en fut averti par le maire.
Il est encore arrivé, qu'un garde nationale fut assasiné dans sa guerite, et sur le poignard, qui resta dans le corps, il etoit gravé: "Va et attends La Fayette." Cela me mène à une question, que Madame Bailly dernierment me fit, voulant savoir en cas de révolution la disposition de notre régiment, et si on avoit tenté de même à corrompre nos soldats comme on a tenté les gardes nationales soldées, à les faire changer de partie. Je lui ai repondu naivment, que dans le temps, où nos engagements n'etoient qu'avec le roy, nous avions donné une exemple bien fort à la verité pour des republicains, que jamais la parole d'un Suisse ne fut aequivoque: mais qu'étant attaché dans ce moment à la nation par le nouveau serment, qu'on nous fit prêter, cela seroit se deshonorer, deshonorer la nation, nous faire mépriser égalment de deux parties, que d'entrer dans des complots qui avoient pour but de culbuter tout, et de faire renverser la constitution du pays.
Il est pourtant drôle, si, comme je n'en doute pas, il y a eu un complot formé, qu'on n'a pas taché, à debaucher notre soldat, chose qui assurément n'auroit point échappé à ma vigilance. J'espere, que cette fidelité à nos engagements nous fera encore cherir d'avantage de la nation, qui au lieu de trouver en nous des oppresseurs, nous peut compter parmi ses protecteurs.

le 31 Xbre

Voici le dernier jour d'un an si feconde en révolutions, qui ont ébranlé les [états,] ont produit tant de merveilles, et vont changer peut être en peu la face de l'univers. Un jour viendra, que tous les peuples de la terre succesivement, las d'un despotisme affreux, qui n'a que trop longue temps desolé le genre humain, et cherchant à se rendre heureux, s'éveilleront au nom de la sainte et auguste liberté, secoueront le joug, et briseront leurs idoles. Si j'étois à Lucerne, je me rejouirai[s] pour ce jour, d'aller entendre le sermon du pere Bielmann à l'église des exjesuites.

minuit.

La lumière s'eteigne, le sommeil m'accable, il est minuit, nous entrons dans le nouvel an. C'est à toi le premier, que j'adresse mes v[o]eux. Puisse tu trouver un bonheur, qui égale tes vertus. Comme je ne trouverai plus d'occasion d'occasion, d'écrire demain à mon cher pere, vu que je suis obligé de faire grande toilette, pour faire ma cour au roy, tu aura la complaisance de faire ou plutot confondre mes v[o]eux avec les tiens à toute ma maison ainsi qu'à nos amis. Adieu.

[sans signature]


A Monsieur / Mr: Meyer de Schauensée le / fils / A Lucerne / en Suisse.

Original: AELU PA 799 / 16'684.
891229?-31.M-FB.(AELU PA 799/16684)(13.9.94).(CO.1)