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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
891221 MAURUS A FRANZ BERNHARD
Aux Tuileries le 21 Xbre 1789.
J'ai enfin pris la resolution, de suivre ton avis, c'est à dire, de
t'écrire avant que de me coucher, ce qui s'est passé de plus
remarquable pendant la journée. Mais je viens auparavant repondre
à ta chere lettre. Je te dirai, que je suis de ton
avis, et que j'aurois souhaité que Nosseigneurs soient mortifiés
un peu de leur etourderie, que j'y aurois contribué moi même, si je
n'avois pas craint, que cela diminue le respect, qui leurs est dû, et dont
je me servirai en cas, que des nouveaux desordres devroient avoir lieu parmi les
notres.
Quant à Bridel, dont j'ignore le caracter
et le talent, je trouve que tu a très bien repondu. Je n'ambitionne point
la publicité de ce qui s'est passé à la Halle. Mais si
Bridel avoit reçu des informations d'autre part, et qu'il voudroit les
faire imprimer chose de quoi je ne puis pas l'empecher, c'est alors absolument
à ta prudence, que je me confie, de lui donner des eclaircissements, que
tu trouvera convenables à lui donner. C'est pour eviter autant le
mensonge que l'exageration. Mais je te repete encore, que je n'ambitionne point
la publicité. Je t'enverrai à la prémiere occasion le
petit memoire que j'ai donné au comte d'Affry et qui est
un resumé de révolutions principales, où j'ai eu le bonheur
de me distinguer, et qui alors te pouroit être de quelque
utilité.
Je viens actuellement à ton grand sermon, sur ce qui
regarde mon projet traité de romanesque, d'aller m'acquerir de nouveaux
lauriers pour ma patrie aux Pays-Bas. Je te dirai, qu'on m'a offert une
majorité à l'armée des patriotes avec 12'000 #
d'appointements en temps de guerre, et la moitié en temps de paix.
C'etoit un de mes amis, qui est né Flamand lui même, et
est immensement riche. Je viens [d'] apprendre, qu'il est parti subitment pour
Bruxelles. C'est chez le comte d'Ogny que je fis sa
connoissance.
Je ne puis pas te cacher, que les premiers jours je me suis
livré à ces illusions avec beaucoup d'assiduités en cas que
notre régiment alloit être partagé en deux, et
renvoyé en garnison. Mais comme le dernier ne paroit point avoir lieu, et
que notre corps avec quelques modifications va être conservé dans
l'état, où il est, mon projet en fut peu à peu
ébranlé, et detruit à la fin par des reflexions aussi
sages, eclairées, muries, telles que les tiennes. Au reste j'aime assez
que cette affaire ne soit connue qu'entre nous.
Encore un mot au sujet de
Brabançons qui ont envoyé un paquet au roy et à
l'Assemblée. Le Roy fit signifier à l'Assemblée, qu'il a
jugé, qu'il n'etoit ni de sa justice, ni de sa dignité ni de sa
prudence, d'accueillir une semblable demarche, pensant que le seul parti,
convenable à prendre, c'étoit de renvoyer ce paquet à
Vandernoot. Nos libellistes sont outrés au dernier
point de cette reponse, et ne manquent pas de la dechirer, tant qu'ils
peuvent.
Mais ce qui fait beaucoup plus de bruit dans ce moment c'est
l'affaire de Mr: de Hières commandant du
district des Premontois, qui fut chargé en qualité de commandant
de l'affaire de Vernon. Cette derniere ville a fait des depositions
et des plaintes contre ce commandant dans son district, qui l'a jugé et
deposé de son emploi. Mr: de Hières s'en est plaint à la
Commune en lui prouvant, qu'il n'avoit agi, que selon l'ordre, qu'il [avait]
reçu de la part du roy et de La Fayette. La Commune après un
mûr examen et une longue discussion a cassé à son tour
l'arreté du district comme nul et illegal, et retablit Mr: de
Hières dans ses dignités et fonctions. Le district trouvant, que
les membres de la Commune ne doivent representer que des machines, au[x]quelles
ils ont seuls le droit de donner un mouvement à leurs gré, a non
seulment cassé ses deputés à la Commune, mais a fait des
plaintes formelles aux autres districts concernant la municipalité
aristocratique. De là il resulte et resultera une grande
fermentation, qui pourra avoir des suites facheuses. Il ne s'agit de rien moins,
que de faire sauter la Commune, et d'en élire d'autres. Savez vous
[qu'est-ce] que j'en pense à la fin. Tout ce que je vois me paroit
à peu près ressemblant à la révolution qui a eu lieu
après la mort de Cajus. Le Sénat, les gens du bien
lassés d'un despotisme aussi execrable que celui du regne precedent
souhaitoient de retablir l'ancien gouvernement de la république. Mais
voyant que le peuple en abusoit, etoit trop depravé trop corrompu et trop
cruel, ils en sont revenus, ont fait leur accomodement avec Claude, quoique que
ce ne fut qu'un imbecille, et Rome rentra dans la
servitude.
Toutes ces tracasseries me menent encore à une
question, dont tu me pourras donner des lumières. Quelle espece de
gouvernement veut on établir en France? Je n'en vois aucun de
decidé, je ne vois ni democratie ni aristocratie, ni monarchie. Tu dis
que l'Assemblée nationale travaille à la constitution. Mais cette
constitution serat elle au gout de Paris [et] des provinces? Deja on a vu
d'exemples, qu'au lieu de recevoir avec respect et soumissions les decrets de
l'Assemblée, on s'est permis de faire des reclamations, protestations
etc, en te rapellant le temps du veto, et du marc d'argeant pour
l'eligibilité. Les ressorts de l'autorité royale étant
absolument brisées, le peuple conoissant sa force superieure, aura t il
plus de respect pour l'Assemblée nationale si ses decrets ne lui
conviendront pas? Il faut bien remarquer, que ce n'est pas le même sol, le
même caracter, le même peuple que la France, que ce qui est peut
être un bien pour les uns est peut être un mal pour les autres,
qu'il y a des privileges des anciens usages, dont plusieurs provinces conquises
telles que la Lorraine et l'Alsace ne voudront pas se defaire, y tiennent avec
beaucoup de chaleur. Jamais la pretendu aristocratie a marché la tete
plus altière après la révolution que dans ce moment. Deja
par tout des plaisenteries les membres du tiers état sont percées.
Tu sais toi meme, que c'est par là, que finissent ordinairment les
affaires les plus serieuses en France, et que le peuple n'y resiste pas à
la longue. J'en suis bien loin de faire des v[o]eux pour l'ancien régime,
mais je ne puis pas te cacher, que je ne suis pas hors d'inquietudes. Ces
inquietudes grosissent toutes les fois que je sors de chez l'abbé
Maury personnage celebre, homme bien mechant, mais qui m'amuse
beaucoup. Si tu y joignes la maison du maire, du comte d'Ogny et de
quelques membres de la Commune et de commandants de bataillons des districts
telles sont à peu près mes connoissances, que je pourrai[s]
étendre à l'infini, si je voulois. Mais j'aime mieux borner mon
temps à une petite societé, et sacrifier le reste à
l'etude. Pour ce qui concerne les journaux, c'est [Le] Point du
jour, qui est le plus à la vogue dans ce moment comme
celui, qui resume et redige le mieux ce, qui se traite à
l'Assemblée nationale. Les affaires de Besenval
s'arrangent au mieux. Il est plus que probable qu'il s'en lavera absolument,
mais son interrogatoire pourra encore durer au moins 6 semaines. Quant aux
affaires de Mr: Haas je m'informerai à Mr: Hell
deputé de l'Alsace homme aimable, mais que depuis le 5 octobre j'ai perdu
de vue. J'ai une fois ecrit à Mr: Haas au mois d'octobre sans avoir
reçu de reponse ulterieure, seroit il possible, que la lettre ne soit pas
parvenue entre ses mains? chose qui m'est arrivé plusieures fois
déja pendant le cours de la révolution.
Voila donc
Crauer encore retombé! Que j'en suis affligé! Ne manque pas
de m'en donner de nouvelles chaque jour de poste. Je serois desolé s'il
arrivoit quelquechose à cet homme respectable, auquel seul je doit le peu
que je sais. Tu le saluera tendrement de ma part.
Je viens encore [de]
recevoir une lettre de Rusca. Tu sens bien que c'est pour le
nouvel an et dans le stil gothique. Je lui en repondrai un de ces jours.
Des
nouvelles je te dirai avant que de finir, le plan de Mr: Necker
passé avec quelques modifications cependant. C'est un grand thriomphe
pour cet homme là de la maniere que son plan fut attaqué au
commencement de tout part à l'Assemblée nationale, des
aristocrates, de la Commune, des districts, libellistes etc.
Une
autre c'est le duel entre le vicomte de Mirabeau et
Barthélemy de la Commune, le premier ayant
reçu un coup d'epée dans le cor[ps. On (?)] dit
que le comte de Mirabeau veut faire une motion, qu'il soit deffendu
à tout membre de l'Assemblee de se battre, leurs personnages devant
être inviolables hors de toute atteinte non seulment dans ce moment mais
encore dans l'avenir.
Adieu je te salue de coeur et d'ame ainsi que ma
maison et tous nos amis.
[sans signature]
Ma Madeleine que j'ai achetée et que tu a vue,
vient [d'] être declarée pour une originale de Paul
Véronèse. Les tableaux dans ce moment n'ont pas de
prix, mais il y a un an, on en auroit tiré une 40taine de Louis.
A
Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée le / fils / A Lucerne /
en Suisse
891221.M-FB.(LU:PA799/16684)(8.9.94).(CO.1)