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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
891202 MAURUS A FRANZ BERNHARD
Courbevoie le 2 Xbre. 1789
Mon cher frere!
Je reviens à toi mon cher frere! pour te dire
que la lettre fut proclamée en presence de tous les sujets du Canton. La
chose s'est parfaitment passée avec beaucoup d'ordre, et j'y ai
remarqué beaucoup de respect pour le decret de Nosseigneurs. C'est
après la lecture, que j'ai taché par un petit discours, à
dorer la pillule, et à rappeller, à fortifier le soldat dans
l'honneur, dans l'obeissance, et dans l'exacte observation de ses
devoirs.
Enfin les choses sont restées là, et je me sens trop
heureux, qu'il n'en a resulté aucun mauvais effet, comme je craignis
à la verité.
De nouveautés nous avons celle de l'isle
de Corse, qui s'est rendu à l'Assemblée nationale, qui l'a
declarée libre comme appartenante à la France, et rappela les
exilés jusqu'à Paoli même, "duquel on n'avoit rien
à redire, que de n'être pas mort les armes à la main pour
expirer avec la liberté de la Corse." Telle étoit l'expression
d'un deputé de l'Assemblée. La seconde nouvelle, l'ordre de
Malte ayant fait une protestation contre l'edit des dîmes,
l'expresident Camus a fait la motion, que leurs biens ainsi que tout
l'ordre soi[en]t supprimés en France. Cela va se faire un de ces
jours.
Nous sommes dans l'attente de savoir ce qu'on va faire de nous, c'est
un de ces jours qu'il sera question si notre régiment restera, comme il
est, ou sera diminué, mais l'opinion est presque unanime, qu'il n'y aura
rien de changé.
Adieu bien de choses à mes parents et à
mon capitaine avec l'assurance, que sa compagnie se conduise à merveille
de sorte, que je n'ai point du tout à me plaindre. Je t'embrasse de coeur
et d'âme.
Meyer de Sche. Offr.
Dans ce moment je viens [d'] apprendre, que les Pays-Bas autrichiens sont
absolument revoltés contre l'empereur, qu'ils ont declaré
déchu des ses droits, qu'ils se sont joints aux Brabançons, qu'ils
ont etablis un conseil souverain, et ont levé une armée de 20'000
hommes. Nous verrons dans la suite si ce pays sera aussi heureux que la France,
pour recouvrir ses droits. C'est que les troupes qui y sont, et qu'on y fera
marcher, ne refuseront pas après ces culbutes qu'elles y ont déja
donnés et reçus. D'ailleurs quel[que] despote que l'empereur y
a[it] été, ce n'est que contre le clergé et la noblesse,
qu'il a exercé son pouvoir. Jamais le peuple y fut aussi malheureux comme
en France, ce qui me fait presumer, que dans le plat pays l'empereur trouvera
peut être par crainte encore des partisans, et que ce n'est que contre les
villes, qu'il faudra qu'on agisse. De quel oeil d'autres puissances verront
elles ces innovations?
Si tu pouvois m'envoyer une douzaine de cartes
à taroc, et de petites cartes par quelque occasion, que cela soit, tu me
ferois bien de plaisir, cela seroit un cadeau pretieux à faire aux
soldats, et l[es] occuperoit beaucoup. C'est sur tout dans ces moments que
l'occupation leurs est aussi essentielle qu'utile. Adieu.
A Mr. /
Monsieur Meyer de Schauensée / le fils. / A Lucerne / en
Suisse
Original: AELU PA 799 / 16684
891202.M-FB.(LU:PA799/16684)(8.12.93).(CO.1)