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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
891126 MAURUS A FRANZ BERNHARD
Courbevoie le 26 9bre [1789]
Bien faché des inquiétudes, que je viens donner à notre
maison par rapport à mon silence: je viens te dire, que j'ecrivis le 12
ou 13 de ce mois à mon capitaine: qui te devroit donner en attendant de
mes nouvelles, mais que malheureusment ma lettre fut retardée, ou perdu
par la mauvaise administration, qui regne dans les provinces, et dont le comte
d'Ogny s'est publiquement plaint dans plusieurs districts. J'en suis autant plus
faché, que cette lettre ne contenoit que d'assez bonnes nouvelles de la
compagnie, par consequent auroit detruit les bruits exagerés qui courent
sur notre compte, et auroit empêché Nosseigneurs à faire la
sottise, qu'ils l'ont faite. Il ne paroit pas, que le circulaire adressé
aux sujets du Canton va être incessement lu, peut être sera il
reservé à une meilleure occasion. Car aussitot que j'ai
reçu ta lettre, je suis allé chez le major, pour lui en faire
part, et pour lui faire mes reflexions, en lui faisant sentir, que cette lettre
conçue dans les termes les plus injurieux sur des simples rapports sans
preuves sans informations ne pourra, que produire le plus mauvais effet, pour le
peu que nos gens se piquent d'honneur. J'y ajoutai, que je n'ai point du tout
à me plaindre de la compagnie, depuis que je la commande, qu'il n'y a que
le premier jour, que j'ai descendu de Versailles, qu'une chambre, mise en train
par la compagnie de Durler, paroissoit faire pour un moment de la
difficulté pour sortir à l'exercice, que d'ailleurs la compagnie
n'a eu aucun part ni à l'infamie au sujet de Mr: Zimmermann ni au projet
de partager la caisse, et qu'à force de soins et de precautions je
reponds absolument de celle de Pfyffer.
Il s'en faut, que j'en dise autant
de [la compagnie de] Durler, qui à la verité a donné un
grand scandale, en se refusant à l'exercice. Ils y étoient
à la fin, mais encore faut il remarquer, que ces sont des fils de Suisse
etc qui en ont été les auteurs. A l'affaire du commandant il y
[en] avoit plusieurs de Durler, mais le projet fut conçu en Reding et
Salis. Ces sont les derniers, qui ont mis sur le tapis la question de la caisse,
mais qu[i] faute d'amateurs tomba dans l'eau, quoique [la compagnie de]
Durler etoit assez disposé ainsi que [celle de] Biss pour cela.
Tu
vois de là que j'en suis bien loin de proteger de blanchir tous mes
compatriotes, mais qu'on cesse de croire que les Soleuriens, Fribourgeois se
soient mieux conduits, les derniers sur tout [ne] souhaitant pas mieux, que de
rejetter le tout sur notre compte. La lettre du Canton vient à leur
appui.
Dans ce moment tout est parfaitment tranquille.
Je viens [de]
recevoir de Mr. de La Fayette une reponse, auquel je ne fis point pourtant ma
cour, depuis que je lui ecrivit cette lettre, dont je t'ai envoyé copie.
C'étoit pour éviter, que le colonel ne puisse rien trouver
à redire à ma conduite. Tu jugeras si j'ose me promettre quelque
lueur d'esperence. "Je serois toujours heureux, Mr: de rendre justice au
zèle à l'intelligence et à toutes les qualités, dont
vous avez donné des preuves pendant votre service à Paris. Nous
sentons les obligations, que nous vous avons, et je vais faire de nouvelles
demarches auprès du ministre de la Guerre pour les lui remettre sous les
yeux. Agréez l'assurance de mon éstime et du sincere attachment,
avec lequel j'ai l'honneur d'etre -- La Fayette"
Cette lettre
me fait esperer mais ne me rassure point. Quoique il en arrive mon parti est
pris. C'est avec plaisir que je recevrai la croix, c'est sans depit, que
j'abandonnerai cette douce idée. Pourvu que ce ne soit pas de l'argeant,
qu'on m'offre, pour payer quelques bon[ne]s actions qui m'ont valu l'estime et
l'affection de tout Paris. Adieu je t'embrasse de coeur et d'ame.
[sans signature]
A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée / le fils. / A
Lucerne / en Suisse.
Original: AELU PA 799 / 16684.
891126.M-FB.(AELU:PA799/16684)(28.11.93).(CO.1)