|
Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
891012? MAURUS A LA FAYETTE
[Sans date, mais entre le 7 et le 11 octobre 1789]
Je suis detaché mon général à Versailles pour la
garde du chateau avec un commandant et 80 [hommes] à poste fixe,
jusqu'à nouvel ordre, ce qui me prive, peut être pour bien longue
temps, de l'avantage si pretieux de vous voir, de vous rendre mon devoir, et de
vous ressouvenir de vos offres gratieuses, que vous avez eu la bonté de
me faire à plusieures reprises que vous vous interesserez
vivement, à me faire obtenir la croix de Saint-Louis pour prix de mes
services, que j'ai rendu à la commune de Paris, étant au poste de
la Halle aux bleds.
Malgré que Mr: Bailly a eu la generosité,
de marquer par écrit à Mr: le comte d'Affry combien il desireroit,
que je sois honoré de la croix, le priant, de vouloir s'y interesser
auprès le ministre de la Guerre: mon colonel non seulment n'a point voulu
repondre à ses v[o]eux, mais même rejettat avec humeur les
sollicitations, qui lui ont été faites de la part des capitaines
en ma faveur, disant, que le service de la Halle n'etoit point un service de
guerre, par consequent, que je puisse pretendre à quelque gratification
ou pension, mais qu'il ne soit point question de la croix de Saint-Louis.
Si
la modestie doit être une de premieres vertus d'un militaire: je suis
votre exemple mon général! et je me tais. C'étoit à
vous à Mr Bailly au public à juger, si dans la situation, dans
laquelle je me suis trouvé, si ma conduite, mes peines mes soins, les
dangers, que j'y courus et dont même je fus atteint; la longueur du temps,
les desagrements enfin, que j'y eprouvai, ont merité une recompense aussi
flateuse, que la croix, et à un âge aussi peu avancé que le
mien.
Il est certainment doux, satisfaisant, bien beau pour moi, de
m'appercevoir, que tous les souffrages se reuinissent en ma faveur, tout
étranger, que je sois.
Qu'il me soit donc permis de vous repeter mon
général, que malgré, que je n'ai d'autre bien, que peut
être un peu d'éducation, des moeurs, et de l'habitude de me passer
des besoins, qui rendent l'homme esclave de l'or; que la croix est la seule
chose, que je desire, ou j'aspire, et que je me flatte, de recevoir pour comble
de vos bienfaits d'une main aussi pretieuse, que la votre.
Je ne sais pas
mon général! si le ciel a conservé vos parents, mais si
vous en avez encore, vous devez sentir vous même, combien il est ravissant
pour moi, pour un fils, de porter un hommage si pure à leur vieillesse
pour prix de tant de soins de tant de peines, et de tant de depenses.
Il me
reste encore de vous exprimer mes v[o]eux pour votre conservation, mes respects
et ma reconnoissance, sentiments, qui me suivront même au delà de
ma vie.
[sans signature]
[sans adresse] Copie: AELU PA 799 / 16684.
891012?M-LAF.(AELU:PA799/16684)(28.11.93).(CO.1)