sgg_logo   Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee
890912-20?
MAURUS A SON PERE

A la Halle le 12 7bre [1789]

Mon cher Père!
Je vais continuer la lettre, que je vous ai fait passer dernierment. La reponse, que j'ai donné à l'aide major général pour la porter au marquis de La Fayette fut si mal reçu, qu'il m'a envoyé deux jours après le même aide major général, me priant de vouloir lui confier, en quoi Mr: de La Fayette me pourroit être utile auprès du ministre. Je lui repondit modestement, qu'un temognage aussi flateux que celui de Mr: de La Fayette ne me laissoit rien, ou - peu à desirer. L'autre repliqua. "Ce n'est pas la reponse que Mr: de La Fayette vous demande: il faut vous determiner à quelque chose. Voulez vous qu'on vous fasse avoir quelque gratification, peut être quelque pension, je lui en porterai la reponse." "Etant militaire vous même, lui repondis je, vous savez vous même, que l'argeant ne tente point un militaire, quoique peu fortuné. Je me croirai avili de recevoir de l'argeant dans un moment, que l'état est oberé de dettes, trop heureux d'avoir pu offrir mes services au publique." Alors, il finit par me parler de la croix de Saint-Louis. Je lui disois, que tout militaire doit être infiniment jaloux, d'avoir cette belle decoration, mais que j'en faisois trop de cas, pour croire, que mes services soient d'une telle importance, pour l'avoir merité. Voici une conversation dont j'attends l'issu avec bien d'impatience.
Notre régiment a prêté serment de fidelité entre les mains de la municipalité suivant l'ordre du Roy. Je n'y etois pas. Mais on m'a dit que Mr: Bailly et de La Fayette ont fait mes eloges à la tete du régiment sur la place de Grêve, et qu'ils ont prié Mr: d'Affry, que je ne sois point retiré d'un poste, que j'occupois avec tant d'honneur, jusqu'au moment, que l'abondance sera revenu à Paris. Pour me donner plus de pouvoir Mr. de La Fayette a proposé au colonel de me donner un brevet de son aide de camp, mais que Mr d'Affry po[u]r differentes raisons n'a pas jugé de me le faire donner, et les choses [en] sont restées là.
Depuis deux mois que je suis attaché à un poste, qui ne manque pas [d'] être tres couteux, je me trouve dans le cas, d'avoir besoin au moins de 600 # pour depense journalière, nouvelle petite uniforme et pour ce, dont je pourrai avoir besoin pour la suite. Car il ne paroit pas que je m'en retournerai si tôt au quartier. La disette ayant recommencée meme après la recolte une de plus belles, qu'on ait vue, je me vois donc rejetté de nouveau dans la mer loin du port, où je contois déja d'y toucher. C'est Mr: Durler, qui veut s'e charger, de me remettre cet argeant là, et que mon pere aura la bonté de lui rendre au pays.
Je fus avanthier pour la seconde fois à Versailles pour comissions, dont Mr: Haas de Bâle a bien voulu me charger. Je n'ai point trouvé Mr: de Clermont Tonnerre, auquel j'avois un paquet à remettre. En y laissant mon nom j'ai passé à d'autres suivant l'instruction de Mr: Haas: mais comme je ne trouvois que peu de personnes chez eux, et que d'ailleurs je fus très pressé, de m'en retourner à la Halle, où effectivement je craignis un peu de rumeur le soir, vu le peu de farine qui etoit arrivé ce jour, vous sentez bien que je ne me suis pas trop bien acquitté de ma comission. Chose qui me console, c'est, qu'un ouvrage de cette perfection n'a point besoin de protection, donc à plus forte raison se peut passer de la mienne.
Je ne puis pas cacher de vous dire, que mon colonel ce jour m'y a fait l'honneur, de m'inviter à sa table. La table levée, il m'a dit les choses les plus flateuses disant, que ma conduite me faisoit beaucoup d'honneur, beaucoup d'honneur au régiment, et beaucoup d'honneur au pays, et qu'il en fera son rapport lui même au roy.
J'ose encore me flatter, que bien de deputés de l'Assemblée nationale sont si prévenus en ma faveur, qu'un beau jour j'y serai introduit, pour y être presenté.
D'ailleurs les feuilles, en parlant de l'émeute occasioné par Mr: Fondeur, ont parlé si honorablement en ma faveur, que je crois que cela ne vous sera point desagreable, de vous en citer l'endroit.
"Pendant ce temps les boulangers cherchoient dans la Halle, aux environs, un comissaire des representans de la commune; ils se plaignoient, d'avoir dit, avant quinze jours il y aura plus de 20 boulangers étranglées.
Leur fureur annonçoit, qu'ils vouloient lui faire subir ce sort. Un officier suisse est venu à bout de calmer cette emeute, à force de précautions et de bonnes raisons. Il sembloit, que la sagesse elle même parlât aux boulangers, tant ils ont rapidment rentré dans l'ordre dès, qu'il s'est montré. Le nom de ce brave militaire merite bien [d'] être connu. Il s'appelle Mr: Meyer. C'est lui qui a toujours fait le service à la Halle depuis qu'il devient si penible, quoiqu'il n'ait qu'une santé débile et une constitution fort delicate".
Ce qui regarde la croix, je vais faire demain le 17 la dernière et la première démarche. Tous les capitaines m'ont conseillé d'aller pour cela chez Mr. Bailly tout droit ainsi que chez Mr: le marquis de La Fayette. Deja la proposition ayant été faite en secret à Mr: Bailly, elle fut acceuilli de la maniere la plus gratieuse, disant "qu'il s'estimeroit trop heureux, si cela me pouvoit dedommager en partie de tant de travail, de tant de peines, de tant de desagrements," detail, qui doit rendre mon nom inappreciable aux yeux de tout citoyen!
Je viens [de] recevoir une lettre de ma chère soeur, qui se porte bien. Pour la consoler de l'avoir oublié si longue temps, je la dedommagerai de mon portrait, que je viens lui envoyer, et qu'elle m'a demandé à plusieures reprises.
Mon frere est il parti pour l'Italie? Que le bon dieu le conduise sur sa route, et qu'il soit aussi heureux, qu'il merite de l'être.
Que je me rejouis mon cher père de voir vos soins vos peines recompensés dans le bonheur de vos enfans. Après avoir été le jouet des cabales indignes, pour recompense de tant de merites pour la patrie, qu'il m'est doux, de voir l'orage, qui se dissipe, et le calme la joye, la satisfaction rentrer dans votre coeur. Que vos jours à l'avenir ne soi[en]t interrompu d'aucun evenement facheux, et que vous goutiez au sein de votre famille tout ce bonheur, dont un homme soit capable de
parvenir.
Adieu je vous embrasse de tout mon coeur ainsi que ma chere mere et tous les notres.

[sans signature]


A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée / sénateur / A Lucerne. / en Suisse.

[sans adresse]

[Trois annexes sur un seul billet]
[Premier:]
Le capitaine Durler profite de cette occasion de faire son compliment de coeur et dame à Madame et à Monsieur Meyer, sur la conduite, sage, ferme, et estimabel, que Monsieur leur fils ce conduit, au poste de la Halle qui lui est confiné. Tout les persones en place dans la ville de Paris, tous nos chefs, et tout le régiment, rande bien justice à Mr voter fils. Si jetes le maiter je lui donerais la croix de St Louis des ojourdhuit, car il merite deter recompancé, et avoir à son activ un marque bien distingué. Souvant il a exposée sa vie pour sauver la vie à differant sitoyain de Paris. Ce qui me fait un plaisir sancibel, est que tout le monde est forcé de dire, qu'un Lucernois cest bien distingué dans tous ces malhereux affairs, et ce que je peut vous assurer que je vouderais eter assez hereux de trouver un occasion à pouvoir prouver à Mr voter fils que je l'estime et que je laime de tout mon coeur. Paris le 20 7bre 1789

[Deuxième:]
Je prie mon cher pere d'avoir la bonté de remettre à Madame Durler la capitaine la somme de six cents livres, que Mr: Durler a eu la bonté de me prêter.
Paris le 18 7bre 1789. Meyer de Schauensée Offr. aux Gardes suisses

bon pour 600 #


[Troisième:]
reçu le six cents livres le 29. Septembre 1789.
La Capitaine de Durler

Original: AELU PA 799 / 16'684.
Réponse du frère: 
890912-20?M-PE.(AELU PA 802/16722)(15.9.94).(CO.1)