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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890719 MAURUS A SON PèRE
Paris le 19 juillet 1789.
Mon cher Père!
Me voici toujours encore à la Halle au
bled mon cher pere! Un poste que je garde pour mon cher maitre, dont
l'attachment pour lui ainsi que ma fidelité ne finira qu'avec ma vie. J'e
fus assez heureux de conserver à peu près tout mon monde, qu'on a
voulu me confier, malgré la mauvoise gite, et malgré le desordre
et le débandage, qui regnent parmi les troupes. La bourgeoisie
continue toujours, d'avoir tous les egards possibles pour moi, et de me combler
de politesses, ainsi que tout mon monde, au point que le district de
Saint-Eustache m'a envoyé des députés pour se remercier du
bon ordre, que j'entretiens à la Halle, et des égards, que j'ai
pour les leurs. Qu'il me soit permis de dire, qu'autant que je suis sensible de
cet accueil à quoi, je ne me suis jamais attendu, autant je suis
penetré d'admiration pour tous ces braves gens! La relligion du roy
fut trompé de la maniere la plus horrible, et il n'y a eu
que ce coup de vigueur, qui pouvoit mettre la France à l'abri d'une
guerre civile et generale, ecraser le despotisme et ramener la paix l'espoir et
l'abondance. Ces sont des ces coups, qui ne peuvent naitre que du moment, mais
qui font époque à jamais dans l'histoire, et changent le caracter
de toute une nation.
Le roy fut hier à Paris sans armes sans
gardes pour se presenter à son peuple et le peuple crioit vive-la nation.
Après avoir signé à l'Hôtel de Ville les graces qu'on
lui demandoit les armes à la mai[n], alors il n'y a eu
qu'une voix, qui s'elevoit jusqu'aux nues, un vive le roy, plus fort que le
bruit du canon, qu'on tiroit toutes parts, pour annoncer cette bonne nouvelle
à toute la capitale.
Des nouvelles je vous dirai que Mr: Necker est
rappellé, son départ fut le signal de la guerre, et son retour le
signal de la paix. Le comte [d'] Artois exilé par le roy est allé
en Espagne. La maison de Polignac congédiée, ainsi que les
nouveaux ministres, ont décampés; mais j'apprends dans ce moment,
que Me: de Polignac fut arreté à Saumur, et va être
reconduite à Paris, où elle pourroit bien etre accueilli d'une
manière peu gratieuse. Vous n'ignorerez pas, que la Bastille fut prise,
et le gouverneur decollé, sort, qu'il a bien merité de la
manière, qu'il s'y etoit conduit. Je ne le blame pas, de
s'ètre deffendu jusqu'à l'extremité, mais bien d'avoir fait
entrer de la bourgeoisie, comme s'il etoit de l'accord avec elle, de faire lever
ensuite le pont, et d'egorger ceux qui se sont fiés à sa parole.
Un enfant de douze ans montoit le premier sur la breche.
Quel domage, qu'une
maine respectueuse n'ait pas recueilli tous ces papiers si necessaires pour
eclairer les regnes de Louis XIII - XIV et XV! Des hommes pusillanimes
sans mission, comme sans philosophie ont livré aux flammes ce
qu'ils n'apelloient que des secrets de famille!
Convenons que la
fortune est bien bisarre. C'est un prevot de Paris, qui sous Charles V a fait
elever la Bastille, et ses murs s'écroulent sur le cadavre d'un prevot de
Paris, qui y fut tué d'un coup de pistolet.
Les Suisses se sont
retirés par ordre du Roy du Champ-de-Mars en paix. Mais il y en eut dans
leurs retraites bien du monde, qui s'en est debandé, et est revenu
à Paris. Tant pis pour eux. J'en ai conseillé à plusieurs
de rejoindre de bon gré leurs drapeaux, sûr alors d'obtenir leur
pardon, mais qu'en attendant il pourroient y être renvoyé avec peu
d'honneur. Qu'il n'esperent point, qu'une bourgeoisie comme celle de Paris se
chargera du rebut de nos régiments pour ses gardes.
Ah mon cher pere!
Combien j'ai eu d'inquietudes, de peines et de satisfaction alternativement en
si peu de temps! Après avoir vu la guerre aux
Champs-Elysées, on me donne le lendemain l'ordre, d'aller avec un
detachment de 50 hommes à Paris. Je n'ai jamais cru, qu'il s'en sauvera
un homme, nous étions resolu de nous deffendre à
l'extremité en cas qu'on nous attaquera. J'entre à Paris, et je ne
reçois que des acclamations sur tout mon passage depuis les
Champs-Elysées jusqu'à la Halle, la canaille, qui avoit
infesté Paris étant desarmée, dissipée, hors d'etat
d'inquieter le citoyen, qui avoit sonné le tocsin, et pris les
armes autant pour sa sureté, que pour reprimer des ministres, que le roy
venoit de créer, et qui etoient en execration à toute la
nation.
Etant arrivé à la Halle je me voyois sur le point [d']
être abandonné de la plupart de mes gens, que la mauvoise exemple
des autres corps, les sollicitations de quelques bourgeois, aux premiers
moments, et l'appas du bon tratiment chez eux avoit déja rangé
hors de la Halle. A cette nouvelle je sors, je les harangue, mon honneur,
l'honneur du roy, et l'honneur de la nation, y étant engagés,
m'ont donnés de la force, de la chaleur, des larmes. Alors vous auriez
dû les voir, comme ils ont formé un cercle autour de moi, les uns
m'embrassant au milieu d'un peuple nombreux, qui en etoit ému, les autres
arrosant mes mains de leurs larmes, d'autres, qui m'enlevoient dans la rue, pour
me reporter à la Halle, tous enfin s'engageants, qu'il ne m'abandonneront
jamais.
Voici depuis 6 jours que je suis ici avec mes braves gens,
assez bien nourries à la verité, mais bien mal couchés
n'ayant que des sacs de farine pour matelats, sort, que je partageai avec eux,
ne jugeant pas à propos, que dans une occasion pareille je me donne la
douceur du lit, qu'on m'offroit de tout le voisinage. Ce n'est que la quatrieme
nuit, que trouvant un lit à la Halle d'un voisin, je fus à mon
tour forcé de capituler avec le soldat et de m'y mettre. Je ne sais pas
quand je serai relevé. Comme on ne laisse point [sortir
(?)] de troupes de Paris, nous sommes bien leurs prisonniers. Mais
jamais je crois [qu'un (?)] prisonnier ne s'est trouvé dans le cas
de commander ses vainquers, comme [cela me (?)] fut arrivé. Car
non seulment j'ai toujours conservé mon poste, mais la bougeoisie m'a
donné elle même, pour le peu qu'on etoit inquiet de la Halle, de
ses gens entierment à ma disposition.
Voici à peu près
ce qu'il y a de nouveau. Ce qui me regarde je me porte parfaitment bien. Je ne
veux point oublier encore de vous dire que Mr Göldlin fut
refusé sans retour, ainsi je ne crois pas qu'il y aura beaucoup de
difficulté, pour parvenir au commandement, si vous voulez vous employer
pour cela, autant de plus, que dans un moment comme cela un proprietaire doit
s'estimer tres heureux de trouver un galant homme, qui veuille avoir soin de ses
affaires. Je suis - - - Vot t h: et. t: o: fils
Meyer de Schauensée Offr.
A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée sé= / =nateur /
A Lucerne. / en Suisse
Original: AELU PA 802 / 16'722.
890719.M-PE.(AELU:PA802/l6722)(10.11.93).(CO.1)