sgg_logo   Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee
890701
MAURUS A FRANZ BERNHARD

Courbevoie le 1 juillet 1789.

Mon cher frere!
Je vais te repondre mon cher frère! à ta dernière lettre, dans laquelle j'ai vu avec la dernière indignation que la place de capitaine commandant de Reding fut donné par intercession de Mr: l'avoyer à Dula de Wilisau, pendant qu'il y avoit de braves gens de famille, qui y auroi[en]t concouru de même. Je ne serai point étonné, si en peu cette famille, parvenue dans le Conseil, viendra siéger avec nous pour prendre la subsistance à nos enfans. C'est par toute sorte de moyens qu'on tachera [de] dorer la pillule.
Ce, qui regarde Mr: Göldlin, je n'ai point d'autre reponse que celle, qu'il me fit dire par Schumacher, avant même, que je lui ais ecrit, et dont je te fis part du contenu. Point de nouvelle encore de Versailles, pour savoir, si Mr: le maréchal se soit deja annoncé au bureau de la Guerre, pour obtenir la dispense pour son fils.
Je te remercie pour la jolie description, que tu m'a fait de la dernière assemblée d'Aarau, et de la bonne nouvelle, que tu me donne, que vous allez recevoir de la plupart de louables Cantons une vocation décisive, de quoi je me suis rejouis de tout mon coeur, prenant infiniment part, à tout ce, qui peut donner un nouveau lustre à notre patrie commune, et de la mettre dans le cas, de repousser l'ennemi, qui voudra se presenter à nos portes le fer et le feu à la main.
Et comme tu m'y parle de même d'un jeune Trenk, je te dirai, que j'ai diné avec son oncle chez Mr: d'Affry. Tu sens bien, que pendant une si courte espace de temps, que je l'ai vu, je ne puis point en juger. Tout ce, que je puis t'en dire, c'est qu'il parle peu, est même très seche dans ses reponses, d'ailleurs sa figure quoique d'une grande taille, n'a rien, qui annonce cette grandeur d'ame, ce caracter fier, qu'aucun revers ne peut flechir, et cet esprit si feconde en toutes sortes de ressources. Ce, qu'il y a de plus singulier, c'est qu'il desavoue dans ce moment la biografie de sa vie, en allemand, comme un livre, qui ne vient point de lui, et qui est rempli même de mensonges, suivant son propre aveu. Il se propose, de faire mettre au jour en peu la veritable description de sa vie et de ses malheurs.
Tu ne serois pas content si je te ne disois encore un mot des Etats généraux, qui enfin ont thriomphés sur la cabale de la cour et de tous les nobles, grace à leur fèrmeté et leurs patriotisme, le Roy desabusé des fausses demarches, que son conseil lui a fait prendre, ayant anihillé tout ce, qui fut fait dans la seance royale du 23 de juin. Depuis ce temps la noblesse et le clergé se sont joint à l'Assemblée nationale, et les affaires vont leurs trains.
Mr: Necker ayant été prié de la part de l'Assemblée nationale meme, de reprendre ses fonctions, a fini par y consentir.
D'un autre coté les attroupements et le desordre continuent toujours encore dans la capitale, ce qui fait, que nous montons actuellment tous les jours au nombre de 120 hommes les grenadiers non compris, la garde à Paris, qui n'est relevée qu'au bout de 24 heure d'un autre detachment, qui vient de Courbevoie.
Ce qu'il y a de plus facheux, c'est que dans un moment aussi critique que celui c'y les gardes françoises se sont revoltées contre leurs chefs, et courent tout Paris. Ils ont poussé l'insolence au point, à faire des propositions au Roy, à tacher d'interesser la chambre de l'Assemblée nationale pour eux, et suivis de la populace, à enfoncer les portes de l'Abbaye pour delivrer leurs camarades prisonniers, le tout pour le bien publique, comme il s'expriment.
Il est à croire que le maréchal de Broglio ayant obtenu le commandement général de toute l'armée, et en peu 40'000 hommes sous ses ordres mettra un frein à tant d'insolence, reprimera les desordres, et rendra la paix à la capitale.
Deja on fait des grands preparatifs. Tous les travailleurs sont de retour chez nous. Les chemins, les passages, les ponts qui menent à Versailles sont garnis avec des troupes et de la grosse artillerie. Châteauvieux, Salis Samade, Reinach sont dans les environs de Paris. Diesbach a reçu ordre d'y marcher de même. Cela te fera voir, que ce n'est pas sans effusion de sang, que tout ce train finira. Des maux violents demandent des remedes non moins forts.
Ce que tu me dis de ton desir de voyager en Angleterre je ne manquerai pas d'en écrire incessament à mon Pere. Mais je me garderai bien, de lui en parler, que cette depense sera marquée un jour dans ton heritage. C'est avoir une opinion bien petite de ses freres, que de croire, qu'il y [en] ait un seul, qui soit capable d'un sentiment aussi bas que celui c'y. En consequence de cela c'est en leurs nom que je prends la parole, pour te prier de vouloir nous menager des termes pareils. Poursuivi de dehors ce n'est que par notre union dans une bonne harmonie, que nous puissions opposer une digue à nos ennemis, nous mettre au dessus de tout revers, et rendre notre bonheur parfait.
Quant à la connoissance de Mr: Necker tu peux bien imaginer, que je ne desirerois rien de plus fortment que cela. Si Mr: Haas me veut adresser de ces commissions comme il a fait à Mr: Frey de Salis Samade, c[har]mant garçon, qui a passé quelques jours avec moi à Versailles, je lui en saurai infiniment gré.
Adieu bien de choses de ma part à mes parents freres et amis.

Meyer de Schauensee Off:r.


A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée le / fils./ A Lucerne / en Suisse

Original: AELU PA 799 / 16'684.
890701.M-FB.(AELU:PA799/16684)(10.11.93).(CO.1)