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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890624 MAURUS A SON PERE
le 24 juin 1789
Vous verrez mon cher Pere dans cette seconde lettre, que la seance royale
n'a rien moins, que repondu aux v[o]eux de tout citoyen qui prends le malheur de
sa patrie à coeur.
Avant que de vous en parler, il faut, que je vous
previens d'avance, que dimanche le 22 le clergé s'est joint à la
chambre de l'Assemblée nationale. Des gens, qui y ont été,
m'ont assuré, qu'on ne pouvoit rien voir de plus beau de plus
attendrissant que la reunion de ces deux ordres dans l'eglise de
Saint-Louis. Je vous dirai encore que Mr: Necker n'a eu aucun[e]
part à la suspension de[s] trois chambres le 20 juin, qui fut
arrachée au roy au moment, que Mr: Necker étoit
allé, voir à Paris une soeur moribonde, qui même est
morte.
Le roy étant dans la salle des Etats
généraux a biffé, cassé, annullé tout ce
qui a été fait pendant la suspension de[s] trois chambres. Il a lu
ensuite une trentaine d'articles, dont les principales sont = que le roy se
reservoit le commandement de l'armée telle qu'elle est; que les trois
chambres travailleront chacune en particulier; que le clergé et la
noblesse renonce[nt] pour tous les temps à leurs exceptions
peccuniaires; que tout ce, qui regarde impôt, sera voté par
tête; la legislation par ordre. La fin en etoit qu'il leurs ordonnoit de
se separer, et d'aller tranquillement chez eux, aussitot qu'il sera sorti, et de
ne s'assembler que demain matin à l'heure ordinaire. Ce discours fini, le
Roy se leva et sortit accompagné de la noblesse tout[e] fière de
leur thriomphe, et d'une partie du clergé.
Les communs y ont
resté malgré l'ordre positive du Roy. C'est là, où
en s'exhalant en sénateurs romains, ils ont remis en vigueur tout ce, que
le roy un moment auparavant avoit annullé. Le garde des Sceaux, portant
une seconde ordre de la part du roy à la chambre nationale, de se separer
sur le champ, fut hué. Enfin à la troisième ordre, qui fut
porté par le maitre de la ceremonie, "que le Roy employera toute sa
force, pour les separer, le comte de Mirabeau fit une motion qui fut
agrée unani[me]ment: que representants la nation leurs personnages
etoient une chose sacrée et inviolable, que quiconque, qui y osera
toucher, sera dès ce moment declaré infame, et traitre à la
patrie.
Voici les suites desastrueuses de ce conseil chez le Roy du 21,
auquel les ministres les ducs et pairs, et les princes du sang, tous
devoués à la noblesse, ont assistés, et qui mettra le feu
et la desolation aux quatre coins de la France.
Mr: Necker prevoyant
d'avance, qu'il n'y aura qu'une voix n'a pas voulu paroitre à ce conseil,
en donnant tout uniment son plan de conciliation de[s] trois chambres. Le roy
donc, livré sans soutien à ces harpies impitoyables, a fini par
signer ce, qu'on demandoit de lui. Surquoi Mr: Necker, dont on n'agrea
qu'une partie de son plan, a demandé sa demission, qui, suivant les uns
fut, suivant les autres ne fut pas encore acceptée. Cependant on designe
à la cour pour principal ministre le prince de Conty, une
pauvre tête, à ce, qu'on dit; et pour contrôleur des Finances
un certain Foulon. Du dernier c'est assez, de vous dire, qu'il fut
intendant.
La noblesse a fait des remerciments au Roy, ainsi qu'au comte
d'Artois, pour les avoir favorisés contre la canaille.
Je ne crois
pas que leur thriomphe sera de longue durée, le duc
d'Orléans s'etant declaré avec sa minorité, ainsi
que le clergé, de se joindre à la salle de communs malgré
les ordres du Roy. Ne voulant pas faire des reflexions: je vous laisse les
votres en vous embrassant de coeur et d'ame.
[sans signature]
A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée / sénateur / A
Lucerne / en Suisse / par Pontarlier.
Original: AELU PA 802 / 16'722.
890624.M-PE.(AELU:PA802/16722)(10.11.93).(CO.1)