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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890622-23 MAURUS A SON PèRE
Courbevoie le 22 juin 1789
Mon cher Pere!
Sensible mon cher Pere des bienfaits, dont vous ne
cessez jamais de me combler, j'ai vu dans votre derniere lettre, que Mr:
Göldlin malgré ses assurances d'éstime, qu'il pretend, avoir
pour moi, et malgré vos representations a resolu, de me preferer le jeune
Göldlin, comme lui appartenant de plus près, chose, qui m'afflige
autant moins, que depuis quelque temps je me suis attendu à ce coup
là.
Il est seulment question dans ce moment, si la cour sera aussi
prompte, non seulment, d'accorder à ce jeune homme qui outre cela n'est
que souslieutenant, une dispense de 4 ans, chose inouie, mais de changer en
même temps une compagnie, qui appartient au Canton en compagnie de
famille, qui dans la Capitulation 1704 [?] ont été
abolies.
Le premier seroit une grace, qui ne lui sera point accordée
à ce, qu'un ami employé dans le ministère de la Guerre, que
j'ai consulté en secret là dessus, m'a assuré positivement
ces jours, le second seroit une injustice, qui mettroit tous les officiers dans
le cas d'en porter des plaintes. Pour obtenir tout cela il faudra peut
être plus de crédit, que celui du maréchal
Göldlin.
Ces ne sont, que des simples reflexions: vous avez trop bonne
opinion de moi, pour croire, que je suis un homme à susciter des
intrigues pour faire manquer ce coup à Göldlin le jeune. Si
notre cousin le capitaine avoit voulu me nommer, j'aurois toujours
regardé ce bienfait comme un trait de generosité de sa part. Si
piqué ensuite de son refus je voulois faire usage d'un peu de
crédit, pour gener Mr: Göldlin dans ses operations, et pour
traverser ses vues, cela seroit bien mal recompenser ses bontés, et
l'affection, qu'il a bien voulu me temoigner en toute autre occasion.
En
perdant le commandement il me reste encore la douce consolation, d'emporter son
éstime, et peut être un jour des regrets de sa part.
Qu'il me
soit permis mon cher Pere, de répéter, que c'est entre vos bras,
au sein de ma famille, que j'oublie tout revers, et que j'abandonne un souvenir,
qui ne me fut cher, que tandis, que je le croyois avantageux raisonnable, mais
qui s'efface aussitot, que votre bouche le desavoue.
Comme je serai instruit
sur le champ de tout le manege, qui se fera au bureau de la guerre de la part du
maréchal Göldlin à l'egard de la dispense pour son fils, dont
on ne fit mention jusqu'à present, je ne manquerai pas de vous faire
aussitot part, afin qu'en cas, que Göldlin le fils sera
refusé, vous pourriez reprendre vos negotiations.
Ce, que vous me
dites concernant Mr. Sonnenberg et le maréchal Göldlin, il
n'en est question du tout. Mr: Schwytzer ayant obtenu une compagnie de
grenadier[s] laisse un commandement vacant, qui, à ce qu'on me dit, est
à la disposition de Mr: Sonnenberg le colonel. N'y auroit il pas de
moyen, de tater le pouls?
le 23 juin.
Nous sommes
à la veille d'avoir une guerre civile et generale. Lundi hier, c'est
à dire le 22 la seance royale n'a pas eue lieu, c'est aujourdhui, que
sera le grand jour. En revanche il y a eu une grande motion dans la chambre
nationale de la part de Mr: Le Chapelier de La Rochelle, que,
comme toute autaurité [!] nationale residoit en eux, dès ce moment
toute constitution, loix etc soit brisé, aboli, declaré nulle, et
qu'en consequence de cela le Roy soit deposé, pour être
recrée un moment après. Il y a eu une vingtaine, qui ont
été de cet avis. Si cela continue je ne serai point
étonné, que notre régiment ait bientot l'honneur de faire
une seconde retraite de Meaux.
Le même soir il y a eu encore
conseil chez le roy, auquel tous les princes du sang pairs, ministres ont
assistés. Il duroit depuis 6 heure jusqu'à minuit. Après
quoi on a depeché des couriers tout part dans les garnisons, pour les
avertir de se tenir pret pour marcher au premier signal.
Voici ce qu'on me
mande ce matin le 23 de Versailles. Je ne manquerai pas de vous écrire
aussitot que je saurai l'issu de cette journée fameuse.
On craint
beaucoup le duc d'Orléans, qui par toute sorte de moyen depuis
quelque temps a taché de ranger le peuple de son coté. Prince
populaire, ambitieux, vif, liberal courageux, instruit [enn]emi
aussi declaré de la cour, qu'il est zelé partisan des communs,
auxquels il a [plu]sieurs fois menacé la noblesse à se
joindre.
La poste va partir. Vous recevrez cette lettre par la poste de
Berne. Adieu, mon cher Pere, que le ciel vous conserve en bonne santé, et
vous comble de toutes sortes de prosperités dans vos enfans.
Votre tres humble et tres obeissant
fils Meyer de
Schauensée officier.
A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée / sénateur./ A Lucerne / en Suisse / par Pontarlier. Original: AELU PA 802 / 16'722.
890622-23.M-PE.(AELU:PA 802/16722)(10.11.93).(CO.1)