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Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee |
890620 MAURUS A FRANZ BERNHARD
Versailles le 20 de juin [1789]
Mon chere frère!
Je ne veux pas manquer de te faire part, que
j'ai reçu une lettre de mon cher Schumacher, dans laquelle il me dit,
qu'il avoit voulu s'employer pour moi auprès [de] Mr: Göldlin, qui
lui doit avoir repondu d'une manière très avantageuse de moi, mais
peu consolante, que l'amitié, le sang, des obligations le
forçoient de se porter par preference sur Mr: Göldlin le
fils, mais que neanmoins il etoit toujours encore libre de faire tout ce, que
lui semblera bon. Tu peux aisément deviner ce qu'il en vouloit dire, et
je te ne le dis, que pour t'avertir qu'il faut en tous les cas absolument
ménager Mr: Göldlin le capitaine pour la raison, que, si
Göldlin le fils n'obtenoit point la dispense, comme j'ai actuellment lieu
à le croire positivement, je pourrai ensuite toujours honorablement
revenir à la charge. Je n'ai point encore repondu et je ne repondrai pas
encore sitôt à Mr: Schumacher jusqu'à [ce] que je saurai
quelquechose de plus de toi, ou de la maison.
En apprenant que la place
étoit vacante, je lui ai adressé un petit mot, afin qu'il parle en
ma faveur, mais en lui recomendant la dernière discretion de tout ce, qui
s'est dit entre nous, chose, de laquelle je n'ai point eu lieu, de me plaindre
à ce qu'il me dit, dans la dernière lettre, qu'il m'a
adressée.
Des nouvelles de ce pays cy, il y en a de bien
interessantes. Peu à peu il vient transpirer ici, que la semaine
passée il y a eu un diné secret, auquel toute la famille royale
assista, et qui devoit aboutir à rien moins, qu'au renvoye de Mr:
Necker, sollicité très vivement de la part de la reine, des
princes, et les tantes du Roy, les dernières principalment gagnées
par leurs confesseurs, aumoniers etc, mais que le Roy ait tenu ferme, qu'il
n'y consentira jamais, en disant même des choses très dures
à la Reine.
Une autre nouvelle c'est, que la chambre des communs
depuis avanthier est entièrment constitué[e], en prenant le titre
d'Assemblée nationale.
La troisieme nouvelle, que depuis quatre
heures du matin nous sommes sous les armes, un ordre étant venu ce matin
de Marly de la part du Roy, qui deffend aux trois chambres de s'assembler
jusqu'au 22, le jour, que le Roy viendra lui même prendre séance
dans les trois chambres. En consequence de cela, les gardes françoises
ont été, pour prendre posession de la salle, et en deffendre
l'entrée aux deputés. Ceux du Tiers, après s'y
être presentés à dix heure, et refusés se sont
assembés ensuite au Jeu de Paume, pour protester solemnellment
contre l'arrêt du Roy.
Je ne sais, de quel oeil cette demarche hardy
de la part de la chambre des communes sera reçu[e] du Roy.
Tolérer cet abus, c'est approuver leurs sisteme, qui ne reconnoit
a[u]cune autorité royale, aussitôt qu'ils sont assemblés;
les en punir ou renvoyer dans leurs provinces sera le signal d'un soulevement
general de toute la France. Ainsi il est à presumer que cette
journée ne manquera pas, d'avoir des suites très grandes, qui peut
être feront époque dans la monarchie françoise, et dont je
te ferai part, aussitôt qu'il y aura quelque decision. En attendant je
t'embrasse de tout mon coeur et d'ame
M: de Sch. Offr.
Bien de choses de la part de Mr: Frey le jeune de Bâle, qui a
passé quelquejours avec moi à Versailles, et qui doit avoir
lié avec toi.
[Dans un billet annexe:]
J'y joigne vit
la deliberation prise dans la deliberation du 20 juin, qu'on m'a bien voulu
comuniquer, et qui te fera voir, où nous [en] sommes dans ces moments.
Alea jacta est.
Motion de l'Assemblée
nationale du 20 de juin 1789.
Considerant, qu'ayant été
apellés, pour assurer la regen[e]ration du Royaume, et reparer le
retablissement de l'ordre publique, et maintenir les vrais principes de la
monarchie: rien ne peut empêcher, qu'elle ne continue ses deliberations en
quelque lieu, qu'elle sera forcée de se reunir, et par tout, que ses
membres se reunisse[nt], là se trouve l'Assemblée
nationale.
Arêté, que tous les membres de l'Assemblée
préteront sur le champ serment solemnel, de ne jamais se separer, et de
se rassembler, par tout, où les circonstances l'exigeront,
jusqu'à, [ce] que la constitution du Roy soit etablie sur des fondements
solides; et que ledit serment preté, chacun d'eux en particulier le
confirmera par leurs signatures.
La presente resolution a passée et
fut acceptée unani[me]ment.
On dit que le Roy reviendra ce soir,
ainsi, avant que de me coucher, peut être je t'ecrirai encore quelque
mot.
Le Roy ne revient que demain matin, en attendant je te
raconterai, de quelle façon se sont presenté à la
salle les deputés du Tiers à 10 heure du matin, comme je
t'ai dit.
Un officier de Gardes françoises me disoit: "Nous avons vu
avancer vers nous une foule considerable de ces deputés, qui demandoient
[à] entrer dans la salle. Le commandant du detachment, qui gardoit la
salle, leur marquant l'ordre exprès du Roy, neanmoins fini[t] par les y
faire entrer, pour les mettre à l'abri de la pluie, mais sur leurs
paroles d'honneur, qu'ils n'y feront rien.
Ces deputés
à peine entrés comencerent à faire leurs protestations
contre cet acte de violance du Roy, sur quoi le commandant a fait fermer les
portes, en prenant la parole, pour ressouvenir les deputés de leurs
engagements, et que c'etoit très mal de leurs part de vouloir y
compromettre un galant homme, et de vouloir le rendre malhereux, pour avoir
été trop honnête. Pendant qu'il parloit, d'autres
deputés demandoient à entrer de même, et trouvant les portes
fermées ils firent un bruit, qui attira la populace. Le commandant,
craignant, que les portes ne soient enfoncées, prit encore une fois la
parole, disant, que son ordre portoit, de ne laisser entrer personne, que
consequament son partie etoit pris, de faire faire feu indistinctement sur touts
ceux qui se presenteront aux portes aussitot qu'elles seront
enfoncées.
Cette resolution hardy a fait son effet, et les
deputés sont allés s'assembler au Jeu de Paume.
[sans signature]
A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée le fils. / A
Lucerne / en Suisse.
Original: AELU PA 799 / 16'684.
890620.M-FB.(AELU:PA799/16684)(10.11.93).(CO.1)