sgg_logo   Briefwechsel Maurus Meyer von Schauensee
890610
MAURUS A FRANZ BERNHARD

Versailles le 10 juin 1789

Mon frère!
Bien sensible mon cher frere à l'interêt, que tu prends de moi, je te dis, que je viens [de] recevoir de Mr: Martig secretaire dans le bureau de la Guerre, et un de mes plus intimes amis la certitude, que Mr: Sonnenberg a obtenu la compagnie de Gugi. En consequence j'ai ecrit à Mr: Göldlin en termes generales comme tu me l'a[s] dit, en y ajoutant à la fin, comme cela se pratique, que non seulment, en cas que j'obtiendrai son suffrage, je ne perdrai jamais le souvenir d'un bienfait de cette importance, mais qu'en même temps notre maison, en contractant une obligation de plus, n'aura rien de plus empressée, que de trouver des occasions pour lui temoigner sa reconnoissance.
Voici à peu près ma besoigne faite, c'est à mon cher pere, et à toi en second à faire le reste comme cela vous conviendra, convaincu, que vous ne negligerez aucune occasion de laquelle il est important de se saisir.
Il est encore essentiel de savoir, comment Mr: Göldlin l'entend, en disant qu'après sa mort sa compagnie passera en proprieté à son commandant. C'est ce, que Mr: Schumacher m'a dit, tenir de sa propre bouche. Je l'ai cru moi même, mais depuis peu des gens tres eclairés là dessus me l'ont contesté, en me disant, qu'en cas que Mr: Göldlin mourera ou se retirera avec une bonne pension, c'est au plus ancien du Canton, qu'appartient la compagnie: mais qu'en jouissant pendant tout le temps du rang et de mêmes apointements, je puis pretendre à la première compagnie vacante de grenadiers ou ambulante, et qu'il n'y a pas d'exemple, qu'elle fut refusée dans une telle circonstance. Joignant à cela, que dans ce moment je suis très bien avec le major, qui a bien voulu me confier son neveu, pour avoir soin de lui, et que dans le régiment de Sonnenberg il y aura en peu de temps deux compagnies de grenadiers vacantes l'une celle de Zweyer auquel on a promis la première ambulante et plus tard celle de Schwytzer, qui est le second pour avoir une compagnie de fusiliers, tu verras que si la compagnie de Göldlin ne me reste en proprieté, à la fin je n'y perds rien à ce marché là. Si tu m'écriras marque moi de même, celui qui s'empresse [d'] avoir le commandament de Reding vacant par l'avancement de Mr: Schwytzer. Je n'en doute pas, que ce soit celui, qui offre le plus, et dans ce cas il [se] pourroit bien, que cela soit Peyer le fils, dont le pere, à ce qu'on dit doit avoir offert 200 louis à Mr: Göldlin.
Si le temps te le permettras tu me diras encore un mot de votre assemblée militaire, si elle fut aussi brillante, que celle de l'anné passée.
En outre tu m'entretiendras de ton projet, [à] savoir quand tu iras en Angleterre en fuyant un pays égalment opprimé qu'incapable de se relever de sa lethargie, et de briser ses fers. C'est en vain, que Mirabeau, Target, Rabaud de Saint-Etienne, Bergasse, Mounier s'éleveroient entre vous contre l'insolence, les déprédations, et la tirannie de deux ou trois nobles, en épuisant toute leur éloquence, pour vous faire secouer ce joug, Citoyens, indignes des ancêtres, desquels vous tenez la vie, indignes du clima, dans lequel le ciel a bien voulu vous placer, indignes enfin du sang, qui a coulé tant de fois pour vous!
En France, pays jadis de despotisme une couronne de lauriers est la récompense de la franchise de l'eloquence, et du patriotisme de ces hommes celebres: chez nous, dans le pays de la liberté! un échaffaud en seroit le salaire.
Non ne nous vantons plus de libe[rté] nous n'en conservons plus que le nom, le despotisme le plus absolu accompagné de tous les vices a pris sa place.
Tu verras de ce petit morceau, si je ne profite pas des leçons, que ces messieurs me donnent, et que je ne perds un moment d'aller les entendre dans leurs assemblées à la verité differentes en tout du Parlement de l'Angleterre. L'hazard voulant, que je reste trois semaines de garde, je t'en parlerai une autre fois plus amplement. Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur

ton frere Meyer Offr.


A Monsieur / Monsieur Meyer de Schauensée le fils. / A Lucerne.

Original: AELU PA 799 / 16684.
890610.M-FB.(AELU:PA799/16684)(10.11.93).(CO.1)